black crows : Liv Sansoz en conversation avec Julien Régnier et ski au couloir Whymper à Chamonix.

Julien : Bonjour Liv, ton parcours ?

Liv : j’ai été double championne du monde et trois fois vainqueur de la coupe du monde d’escalade. J’ai appris à skier à l’âge de deux ans mais je n’ai jamais été en ski club. Je suis passée par l’époque monoski, snowboard et puis je suis revenue au ski pour la montagne. En plus d’une belle carrière en escalade le ski a toujours été un grand plaisir et comme beaucoup j’ai souvent attendu les premiers flocons de neige avec impatience et excitation.

J : Que représente le ski de montagne pour toi?
L : C’est une dimension que j’ai découverte en m’installant dans la vallée de Chamonix. Donc c’est très récent pour moi. Cela me correspond parfaitement. J’aime faire des choses que tout le monde ne fait pas, être loin de la foule, aller chercher une pente ou un couloir qui demande un certain effort et aussi d’autres compétences que celles de skier. Et avant tout me retrouver dans le cadre magique de la haute montagne.

J : Qu’as tu envie de réaliser avec tes skis aux pieds ? 
L:-> elle est dure cette question-là … et si je te demande la même chose ?

J : Parle-nous des autres sports qui te font vibrer?
L : Je dirais l’escalade et l’alpinisme bien sûr. Et puis le BASE jump, la wingsuit, le parapente et le speedriding. J’aime apprendre de nouvelles choses et développer de nouvelles compétences. Je pratique toutes ces activités tournées vers la montagne et un certain esthétisme. Sauter d’un building m’intéresse peu. Sauter de l’Eiger beaucoup plus.

J : Mais le ski c’est quand même mieux, hein !
L : hum…. le ski c’est franchement très très bon oui. Je pense en faire toute ma vie alors que le BASE Jump non.

J :As-tu des projets en montagne, sommets, expé ?
L : En fait j’ai beaucoup de projets… peut-être trop même. J’aime mieux les faire et en parler après. Dans le massif du Mont Blanc on a un incroyable terrain de jeu que j’aimerais continuer d’explorer. Et puis je voudrais retourner dans le Karakoram et découvrir une partie de l’Himalaya pour des sommets ne demandant ni permis ni oxygène.

J : Tu as fait le Whimper cette saison, c’est une belle réalisation, raconte-nous.
L: Pour moi c’était un rêve. En fait je n’avais pas imaginé que j’avais le niveau de skier le Whymper. Et puis Boris Dufour m’a laissé un email, il avait envie de faire la Verte et de redescendre par le Whymper. On savait que la météo était stable, pas de vent et surtout que le Whymper était en bonnes conditions. J’avais vraiment envie d’y aller. Mais j’étais aussi consciente que je n’étais pas une grande skieuse comme quelqu’un qui ne fait que cela et qui a des années de ski engagé derrière elle. J’ai vérifié les topos, j’ai fait part à Boris de mes doutes pour le Whymper. Lui ne se faisait pas de souci quant à mon niveau. Parallèlement, plus la journée avançait plus je sentais la course.
On est vite montés aux Grands Montets pour bivouaquer, histoire d’attaquer le couloir Couturier en face Nord Est de l’Aiguille Verte (1350m de denivelée dont 1000m assez raides (55 degrés) en neige avec quelques passages en glace). La montée nous a un peu pompés et tu sors quand même à 4122m. L’ambiance du sommet était magique. Boris a chaussé du sommet et glissé jusqu’en haut du couloir Whymper. Moi j’ai préfére descendre l’arête en crampons. Tout en haut du couloir il y avait des parties de neige d’une consistance douteuse (neige plaquée par le vent) qui ne me plaisait pas trop. Boris m’avait proposé de skier les premiers virages encordée pour prendre confiance. Du coup je n’ai pas refusé. Un, deux, trois virages et puis j’ai vu que c’était tout bon pour moi. Hop j’ai avalé la corde et on a attaqué la descente tous les deux en enchaînant les virages. Il fallait faire un peu gaffe, il y avait des petites coulées. Mais j’ai vraiment pris du plaisir à skier. Vers la fin, des corniches du sommet sont tombées et elles ont déclenché des coulées plus importantes cette fois. On a dû filer, tracer jusqu’à la rimaye et enfin se retrouver en bas sur le plat en sécurité. C’est en me retournant et en regardant le couloir que je me suis dit que c’était quand même un joli morceau… pour une grimpeuse.

J : Le choix du matos pour partir sur une course comme ça (ski, chaussures, technique)?
L :L’an passé j’ai fait quelques couloirs un peu raides et j’ai pris la mesure de l’importance du matos. Avec les Orb je me suis tout de suite sentie en confiance. C’est un ski assez nerveux et fiable et qui me convient bien. le vrai casse-tête pour moi ce sont les chaussures. Trouver des chaussures qui te permettent de skier sans être trop lourdes… perso je n’ai pas trouvé. Du coup cette année j’ai opté pour une autre stratégie : des chaussures super légères avec lesquelles tu ne vas pas taper des grandes courbes mais que tu apprends à skier. Pour le Whymper j’avais des Dynafit TLT5 Performance. J’ai dû skier pas mal avec avant de pouvoir me dire « ok si tu vas en pente raide avec ces chaussures tu sais que tu seras ok ». Cela m’a demandé un petit temps d’adaptation. Mais quand tu sais que la course va être longue et  la descente technique c’est un bon compromis.

J : Une année à cham c’est quoi (différentes activités pendant les saisons)
L :Cham on peut le voir sous plein d’angles différents, du Dysneyland pour sports « extrêmes » à un terrain de jeu unique et presque inépuisable. Je préfère la seconde version. Ici je vis au rythme des saisons. Ski l’hiver et alpinisme, parapente et speed riding. Ski le printemps, Speed riding, parapente et reprise de la grimpe si les faces sont sèches. Ete et automne grimpe, alpinisme, parapente, BASE et hop nous voilà déjà en hiver !

J : Quels sont tes skis chez black crows ?
L :Les Noctas ! Ces skis ont apporté une véritable nouvelle saveur à mon ski et à mon plaisir de skier ! Ensuite les Orb freebird parce qu’un bon ski qui reste léger c’est la base.

J : On ne t’a pas vue au black weekend !!!
L :J’attendais que tu m’emmènes ! Nan, je suis une vraie sauvage. Pas forcément à l’aise en meute. Allez on va skier.

Photos : Boris Dufour

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