blackcrows interview: Oakley White-Allen : au bon souvenir de la terre.

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Au premier abord, pour nous autres habitants du vieux monde, Oakley peut sembler venir d’une planète bien plus lointaine que les États-Unis d’Amérique. Dans son regard, dans le rythme de ses gestes et de sa parole, perce une forme d’énergie intuitive, à la fois mystérieuse et tangible. Certes, Oakley est un très bon skieur chaussé de black crows et bien installé parmi les dix premiers du Freeride World Tour, mais ce joyeux yankee installé à Salt Lake City nous apporte surtout une autre dimension de la pratique du ski. Adepte des fêtes baroques dans le désert, privilégiant l’émotion à la technique, ce joyeux personnage demande volontiers la permission à mère nature avant de glisser le long d’une pente. Dans un monde où la science a pris le pas sur la sensation, où l’on ne peut plus skier sans des accessoires à mille tunes et des sacs à dos explosifs, ça fait quand même du bien de discuter ski et montagne avec un gars sponsorisé par une marque de miel ghanéen.
Oakley White Allen, La Grave, France

On va commencer par ce qui passionne les foules, tu es satisfait de ton début de saison sur le World Tour ?

Oui, je suis très satisfait. Cela dit, le jugement a beaucoup évolué et je n’arrive pas trop à savoir ce que les juges attendent. Mon objectif initial était de faire partie des 10 premiers et je l’ai atteint. Je crois que mes runs ont été originaux et fluides, et j’ai posé tous mes sauts. C’est déjà une grande satisfaction.

Comment se passe l’évolution de ta carrière ?

Je suis arrivé à un point où j’ai besoin d’envisager de nouveaux objectifs. Mec, je me rends compte que j’ai atteint quasiment tous les buts que je m’étais fixé il y a 5 ans. C’est génial. À l’époque, je pensais que ces objectifs étaient présomptueux, quasiment inaccessibles, mais aujourd’hui, avec du recul, je me dis que j’aurais dû viser encore plus haut ! (Il se marre) Alors voilà où j’en suis, vraiment reconnaissant de toutes ces opportunités, et puis surtout heureux de ne pas être blessé car c’est la base de tout. Alors je profite, sachant très bien que rien n’est acquis. J’ai déjà enchaîné les blessures par le passé, alors je sais à quel point il est important d’être en bonne santé.03-OakleyWhiteAllen_2013_www.jeremy-bernard.com-6238

Quels sont tes objectifs aujourd’hui ?

Sans viser trop loin dans l’avenir, mon premier objectif serait de continuer à assurer mes runs sur le tour pour finir dans les 10 premiers et me qualifier pour Verbier. J’ai vraiment envie de skier à nouveau le Bec des Rosses. Pourtant, quand j’y pense, et bien que j’ai vraiment le désir de rider cette face qui correspond à mon type de ski, tout cela semble appartenir au passé. En réalité, mon véritable objectif serait de passer du statut de skieur de compétition à celui de skieur d’image. C’est là le but de ma vie. J’ai suffisamment prouvé, en tant que skieur de compétition, que je suis constant et que je n’ai pas de problème avec la pression. Je peux rester une semaine dans une chambre d’hôtel et, en un claquement de doigt, être prêt à partir. C’est un élément important quand on veut intégrer l’univers de la vidéo. Et puis il y a aussi l’aspect humain. Je suis capable de m’adapter et de rester avec de parfaits inconnus pendant de longues périodes. Ça aussi c’est un aspect important des tournages. Il faut pouvoir se faire de nouveaux amis, arriver à s’accommoder de nouvelles rencontres. D’un coup, les conditions sont là et tu te retrouves à partager une chambre pendant 8 jours avec un gars que tu n’as jamais vu. De ce point de vue, je pense que le tour m’a fait progresser.

Tu as de projets de film avec black crows ?

Oui, on en a pas mal discuter avec Camille et Julien. Des projets de courts intenses avec une forte sensation de vécue. Cela rejoint le type de vidéo que je fais avec Panda Poles (sa marque de bâtons de skis en bambou). Ce sont des formats très intéressants pour la vivacité et l’impact. Il n’y a pas forcément besoin de grosses structures pour faire de belles choses. Ces vidéos internes que l’on retrouve chez les marques de skate, de snow ou de surf permettent de créer vraiment librement car il n’y a pas à satisfaire plusieurs sponsors. La liberté de création est plus large.04_OWH_2013_┬®www.jeremy-bernard.com-6392

Comment se porte Panda Pole ?

Très bien. On est à un point où les commandes dépassent la production. On vend beaucoup aux États-Unis et en Europe, et puis le marché canadien est également en expansion. On s’internationalise beaucoup. Nous continuons à implanter la marque, consolider la tribu, faire en sorte que les produits soit très performants. Après, nous pourrons passer à la vitesse supérieure quand le moment sera venu.

Considérant que black crows fabrique également des bâtons, est-ce que vous avez songé à des passerelles entres les deux marques ?

Non, nous n’avons pas abordé ce sujet. Mais ce serait sans doute une idée de faire quelques éditions limitées. Avec l’esthétique des bâtons en bambou, on peut envisager plein de designs particuliers. On pourrait faire des bâtons très classiques pour une édition spécifique à destination de quelques ambassadeurs.oakley white Allen blackcrows skis jeremy bernard

C’est la deuxième fois que je te croise à Chamonix, est-ce que tu te familiarises avec ses montagnes ?

Oui, l’an passé, je suis venu deux fois, donc c’est ma troisième visite. Je n’ai malheureusement pas encore pu faire les runs les plus prestigieux de ce côté-ci, car le téléphérique de l’aiguille du Midi était fermé quand on avait prévu d’y aller. J’ai néanmoins pu skier côté italien et c’était magique. Mais je ne désespère pas, et puis je me fais de plus en plus de potes qui me proposent de m’emmener. La première fois que je suis venu, j’entendais plein d’histoires sur les runs mythiques du massif, mais personne ne voulait s’embarrasser de moi. Aujourd’hui, c’est différent, de nombreux skieurs me proposent d’être mon guide. D’ailleurs, cela m’a surpris car ce n’est pas la réputation de Chamonix. De ce que j’en savais, les gens d’ici étaient très protecteurs de leurs montagnes. Alors de me sentir accepté est quelque chose de précieux.

Tu aimerais passer une saison ici ?

Totalement, mais ce serait sans doute plutôt deux ou trois saisons. C’est tellement immense ici que c’est plutôt un engagement sur 10 ans. Ce n’est pas un truc à la va-vite.Oakley White Allen 2013 skis blackcrows www.jeremy-bernard.com

Quels sont tes projets pour ce printemps et cet été ?

Concernant le printemps, c’est assez ouvert. Il y a des rumeurs selon lesquelles une production aurait besoin de mes services, alors, sans trop m’enflammer, je laisse la fenêtre ouverte en avril. Mais, si rien n’arrive, j’envisage sérieusement de revenir à Chamonix au mois d’avril pour skier ici et me familiariser avec des techniques d’alpinisme. Je n’avais jamais envisager cela, mais c’est quelque chose d’important pour la sécurité. Et puis ce pourrait aussi être l’occasion de filmer quelques trucs avec black crows.

Tu auras besoin de bosser cet été pour financer ta saison ?

Oui, j’ai encore besoin de travailler. Je suis couvreur d’ardoise dans le Maine et le Vermont. C’est le boulot le mieux rémunéré que j’ai trouvé. Et puis c’est bien pour bosser mon équilibre car je suis toute la journée sur les toits à porter des trucs lourds. Alors c’est un peu comme d’être en montagne, il faut être concentré car tu peux tomber. J’aime aussi m’investir dans la communauté artistique autour de Salt Lake City pendant l’été. Il y a beaucoup de festivals musico-artistiques. Mais je crois que cette année, je vais devoir faire l’impasse et sacrifier mon été. J’ai des projets en ski et je ne veux pas être limité pour des questions de budget. Si je veux aller skier en Alaska, si une production m’invite, il me faudra 10.000 dollars de budget, c’est la règle.Oakley White Allen 2013 blackcrows skis www.jeremy-bernard.com

Tu as la réputation d’avoir une approche spirituelle de la vie, es-tu religieux ?

Non, par définition je ne suis pas religieux, parce que je ne fais partie d’un de ces groupes où les gens pensent de la même manière et adhèrent à la même orientation spirituelle. Ceci est notre livre, ceci est notre coutume…. je n’ai rien à voir avec ce genre de chose. Par contre, je peux aisément dire que je crois en dieu. Qu’il soit singulier ou pluriel, je n’en sais rien. Pour moi, il est clair qu’il y a une force ou même une intelligence qui pilote, sans que je sache si cette force a ou non une conscience pensante. Si elle se dit, ‘oh, voilà mes humains et voici ma terre, et là, ce sont mes fils’. Je ne sais pas si ce dieu pense de cette manière. Mais il y a tellement de formes répétitives et géométriques dans la nature, se fractionnants et se recréants à différents endroits, qu’il y a une sorte de disposition naturelle à ce que la matière, le temps et l’espace s’organisent. On peut également s’en rendre compte par rapport à la trajectoire de vie de quelqu’un. Là aussi, on peut déceler une configuration. Cela m’interroge et je me dis qu’il doit y avoir quelque chose au-delà de notre vision. Quel que soit cette énergie, cela me frappe. Et je peux facilement l’appeler dieu. Sans pour autant adhérer à des idées ‘new wave’, je suis quelqu’un de spirituel.

Est-ce que c’est quelque chose qui t’accompagne en montagne, disons, si tu te retrouves dans une situation dangereuse ?

Oui, je pratique régulièrement des exercices respiratoires et je m’adresse à la montagne. Je m’adresse directement et personnellement à l’énergie de la montagne. Je lui demande la permission de skier et d’être protégé. Je vais lui dire quelque chose du genre : ‘si je la manière dont je te chevauche est offensante et que tu décides de me faire chuter, pourrais-tu m’accorder de revenir  sain et sauf ?’ Ces discussions avec la montagne surviennent surtout quand je suis inquiet. C’est étrange, ce n’est pas un processus réfléchi, quelque chose auquel j’aurais réfléchi. J’ai juste cette tendance à parler à la nature et je parle aux plantes et aux animaux de la même manière. Black Crows skis Oakley White Allen 2013 www.jeremy-bernard.com

Est-ce que cela ne t’amène pas à devenir sensible aux signes, à lire quelque chose dans le vol d’un oiseau par exemple ?

Oui, potentiellement. Mais il faut faire attention car ce genre d’interprétation peut aussi découler de la peur. Plus tu deviens superstitieux et plus tu deviens mystique. Si tu associes le mysticisme avec une peur interne, alors ça peut tourner vinaigre car tu risques d’interpréter n’importe quel présage et de craindre le mauvais œil ou des choses comme ça. Je n’ai pas ce genre de relation avec la peur. Pour moi, tout est positivité et amour. Tout présage est bon, il n’y a pas de mauvais présage. C’est mon corps qui décide s’il faut y aller ou non. Si mon esprit me dit qu’il ne faut pas y aller, je ne vais pas forcément l’écouter, mais si ce sont mes tripes, alors j’écoute. Quand je suis en montagne, j’utilise mes tripes. Il n’y a pas de logique, pas de décision rationnelle. Les pensées rationnelles viennent parasiter mes tripes. Quand mon cerveau et mon cœur me disent que c’est bon, mes tripes disent ‘ok, c’est bon’. Par contre, s’il y a un conflit quelque part, alors mon estomac va dire non. C’est une relation naturelle entre mon être et les montagnes.

Tu penses que c’est quelque chose que beaucoup de skieurs partagent ?

Oui, c’est intéressant. J’en ai parlé à d’autres skieurs, particulièrement avec des anciens, des skieurs qui peuvent avoir le double de mon âge que je croise à Alta ou Snowbird. J’ai découvert qu’ils faisaient la même chose. Ils étaient d’ailleurs surpris que quelqu’un d’aussi jeune puisse avoir ce genre de relation avec les montagnes. Et puis je me suis rendu compte que de nombreux jeunes ressentaient aussi cette relation avec les montagnes. Cela me réjouit car cela implique que la communauté du ski s’ouvre à la magie de la montagne et que ce n’est plus simplement une question de science et de détail. Le sentiment magique, cette sensation qui m’exaltait quand j’étais petit. C’est cela qui m’a incité à dédier ma vie aux montagnes. La sensation, pas la technique, la sensation.Black crows skis Oakley White Allen 2013 ww.jeremy-bernard.com

Et question sensation, tu skies sur quels modèles ?

Pour l’instant, je ne skie que le nocta dans les deux tailles, 176 et 188. Si la neige est délicate, que je m’entraîne à faire de petits sauts ou skie dans des couloirs étriqués, alors je prend les petits. Mais si la neige est bonne et que je veux envoyer de plus grosses barres, alors je prends les 188. Le nocta est vraiment mon ski de prédilection. Un ski large et twin tip, c’est tout ce dont j’ai besoin. Par contre, je rêve d’un ski totalement jumelé. C’est à dire un nocta qui serait symétrique entre la queue et la spatule, même rocker, même shape de chaque côté. Un ski totalement égal à partir du milieu pour être aussi à l’aise en fakie que de face. Mais évidemment, le marché est très restreint pour ce genre d’engin, alors peut-être qu’on pourra travailler sur un prototype.Black Crows Skis Oakley White Allen 2013 www.jeremy-bernard.com-5706-2

Sponsors : Black Crows, Panda Poles, Strafe outwear, Smith optics, Discret hats, Alta Montains and Snowbird Mountains, Aseda honey

Par JAG

Photos merci à : www.jeremy-bernard.com
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black crows interview : Flo Bastien, la bohème

Flo Bastien -Tristan Shu

Le skieur de Tignes, spécialiste du backcountry et du street, mais aussi très actif en vidéo, a profité de l’été pour soigner son style et faire tatouer Black Crows sur ses skis.

Par JAG

On pourrait résumer le parcours de Flo a celui d’ex compétiteur devenu coach, spécialiste de l’image et membre actif de la célèbre confrérie des GPSY Feelin de Haute-Tarentaise. On pourrait également dire qu’il a gagné nombre de récompenses vidéo avec les Gpsy, dont plusieurs Urban Plagne ou encore celle du meilleur film amateur et meilleure cinématographie avec T.A.Z à l’IF3 Europe 2012. C’est donc une trajectoire linéaire que mène ce jeune homme fort sympathique qui aime l’art du travail bien fait, à condition qu’il y ait de la joie et de la bonne humeur. Spécialiste du street et du backcountry, il rejoint l’escadrille Black Crows avec le désir de s’investir dans des projets vidéo avec ses acolytes Julien Regnier et Pierre Guyot. Il apportera sa créativité, son sens des cadrages urbains, mais également une touche poétique qui sied excellemment aux vols alpestres des corvidés sauvages.

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B.C. : Te voilà donc arrivé dans l’escadrille des corbeaux, qu’est-ce qui te motive dans ce partenariat avec Black Crows ?

Flo : Black Crows me donne l’image d’une marque indépendante et stable qui a réussi à grandir progressivement depuis sa création, autant d’un point de vue médiatique avec une façon de faire différente, qu’avec une gamme qui s’étoffe chaque saison. Ils font de bons skis et ils ont un bon team avec des profils très variés. C’est une vraie chance de pouvoir évoluer avec un tel partenaire.
Il y a aussi la manière dont ils impliquent leurs riders, ça peut-être à travers la production de vidéo ou de news pour le blog, cela te fait sortir de ton rôle de skieur et c’est motivant. Et puis il y a aussi la possibilité d’être directement en contact avec les personnes qui imaginent et shapent les skis. C’est une structure simple où l’on peut donner son avis. Julien Regnier m’a fait essayer des prototypes cet été et j’ai trouvé que c’était une belle marque de confiance d’avoir mon mot à dire sur le développement du matériel. C’est un truc que je n’avais pas encore eu l’occasion de faire.

B.C : Comment est-ce que tu t’es retrouvé embarqué avec cette bande de blousons noirs ?

Flo : L’hiver dernier, j’ai rencontré Julien Regnier par l’intermédiaire de Pierre Guyot avec qui nous étions venu filmer à La Plagne. Je l’ai revu plus tard dans la saison et on a pas mal discuté. On a parlé de la marque, puis je lui ai remis un dossier vers la fin d’hiver. Lui et Camille Jaccoux sont revenus vers moi ce printemps et on s’est rencontré. On a parlé des projets de la marque et j’ai bien accroché. Tout ça s’est concrétisé quelques semaines plus tard et j’ai commencé à rider les skis cet été.

B.C : Tu as subi un rite de passage ?

Flo : Toujours pas.

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B.C. : Est-ce qu’ils ont mentionné les JO ?

Flo : C’est l’objectif principal de notre collaboration. Ils me mettent grave la pression avec ça.

B.C. :Quels skis as-tu pu essayer et à quels modèles vont tes préférences ?

Flo : Je n’ai essayé que les Venor pour le moment vu que j’ai passé l’été sur un park. J’ai maintenant hâte que l’hiver arrive pour rider les Nocta.

B.C. : Est-ce que tu penses pouvoir bien skier avec des skis aux couleurs chatoyantes ?

Flo : Si je veux aller au JO j’ai intérêt.

B.C. : A part Pierre Guyot, il y a d’autres gitans chaussés de Black Crows ? Comment est perçue la marque dans vos campements ?

Flo : Non Pierre est le seul, mais quand on l’a vu plaquer un double rodéo 900 en backcountry cet hiver et tous nous mettre à l’amende, on s’est dit que les skis devaient défoncer, sinon c’est que Guyot est meilleur que nous, ou peut-être les deux.

B.C. : Est-ce que tu connais un peu la bande de corbeaux avec qui tu vas faire équipe ? Tu pratiques le ski de montagne ?

Flo : Je ne les connais pas personnellement, seulement de réputation et des vidéos qu’on trouve sur le net, ou des compétions comme le FWT ou le Linecatcher. J’aime beaucoup ce que font Oakley et Tom Leitner. Ils sont vraiment bons et pratiquent un type de ski dont je m’inspire pour faire évoluer le mien. Ca serait cool de faire une session avec eux cet hiver. Pour le ski de montagne, si c’est dans le genre crampons – piolets – rappel ça me fait un peu flipper, mais ça me dirait bien d’essayer, ne serait-ce que pour voir comment ça se passe et en apprendre un peu plus sur la montagne. Et qui sait, j’y viendrai peut être un jour…

Flo Bastien Blackcrows

B.C. Est-ce que tu as l’intention de venir au Black Week End avec ta petite amie ?

Flo : Bonne question, je lui demanderai si elle veut bien m’emmener, c’est elle l’habituée de l’événement.

BC : Vous sortez un nouvelle prod GPSY cette année, quelle en est la teneur ?

Flo : On sort un film de 25 minutes qui va s’appeler ‘Moon Shine’. C’est un film dans la tradition GPSY Feelin avec seulement 5 skieurs. La différence par rapports aux précédents, c’est qu’il est plus axé poudreuse et backcountry. Il n’y a qu’une section urbaine tournée dans les rues de Sarajevo. Je pense que c’est le meilleur film qu’on ait réalisé. On a tous de bons segments, Yann Barthelemy a fait du super boulot en cadrage et en montage. Enfin, la bande son a été entièrement mixée et mastérisée.
Il sortira cet automne sur internet, mais vous pourrez le voir dès Septembre à l’IF3 où nous concourons pour la première fois dans la catégorie pro.

B.C. : Vous avez l’air de tous mettre la main à la patte chez les GPSY, qu’est-ce qui prime pour toi dans la réalisation ? Tu as des points forts ?

Flo : D’abord le cadrage, puis le montage. Les images représentent la matière première et si les tricks sont biens exécutés et bien filmés, tu possèdes déjà une bonne matière première. Mais, personnellement, je n’ai pas vraiment de point fort dans ce domaine puisque ça n’est pas mon boulot. Je me concentre sur le ski en espérant que le caméraman réalise une belle image. Même s’il m’arrive de donner un coup de main et de prendre la caméra ou de faire du montage, ce n’est pas ma spécialité.

Shred it with Kevin Rolland

B.C. : Quelles sont tes influences ? Quels sont les prods que tu aimes particulièrement, les choses que tu aimerais faire ?

Flo : Je regarde beaucoup ce que font les autres productions dans le ski, dans le snowboard ou dans d’autres sports. Pour en citer quelques unes, je suis un grand fan des vidéos Absinthe. Ils filment encore en 16mm, ont des riders super innovants, leurs plans sont originaux, les montages dynamiques et denses. Tu vois deux fois plus de tricks dans leurs vidéos que dans celles des autres prods. J’aime aussi ce que font Stept productions. Ils sont vraiment bons, autant pour le ski que pour le reste.Il y a une ambiance dans leurs films qui collent parfaitement à ce qu’ils font, le choix des spots est excellent et le ride est vraiment futuriste.

B.C. : Comment analyses-tu la tendance des productions actuelles ?

Flo : De mon point de vue, les films de ski sont de mieux en mieux, de plus en plus de skieurs arrivent à sortir de gros segments. Les caméramans ont de nouvelles techniques, du nouveau matériel, on sent que les prods, petites ou grosses, s’impliquent, progressent et que leurs films sont vraiment aboutis… même si certaines continuent à t’endormir avec des speechs de 20 minutes…

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B.C. : Quels sont tes projets pour la saison à venir ?

Flo : Principalement de la production d’images, que ce soit pour GPSY Feelin ou pour des web-edits. Mais j’aimerais également participer à des compétitions et événements du type Linecatcher, Shred IT, Vars Tournament… le genre de format qui sort de l’ordinaire et qui correspond mieux au ski que je pratique.

B.C. : Les web-edits ou épisodes, ce serait avec Black Crows ?

Flo : Oui, ça fait aussi parti de mes plans pour l’hiver avec Julien et Pierre. À nous trois, on devrait former une belle équipe. Et puis on sera rejoint par d’autres skieurs de temps à autres. Et comme on a aussi prévu d’accueillir de nouveaux riders pour le prochain GPSY Feelin, tout le monde devrait pouvoir se consacrer à d’autres projets en plus de leur segment.
C’est un aspect de production d’images qui ne fait pas partie de mon quotidien avec GPSY Feelin, c’est donc un projet assez motivant.

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B.C. : Est-ce que tu as déjà des idées sur ton prochain segment ?

Flo : J’aimerais sortir un truc différent des deux précédents. Il y a deux ans, j’avais ridé principalement du street et, la saison passée, beaucoup de poudre et de backcountry. C’est le domaine dans lequel je souhaitais surtout progresser et, avec l’hiver qu’on a eu, les conditions m’ont permis de le faire en France.
Cette année, j’aimerais mixer les deux : rentrer de nouveaux tricks que j’ai bossé en park cet été, rider de nouveaux spots, mais en m’orientant aussi vers une pratique plus naturelle du backcountry, plus proche du freeride. J’ai pas mal d’idées et j’espère que les conditions me permettront de les concrétiser.

B.C. : Concernant ton boulot en park pendant l’été, comment se forme la relève du ski freestyle ?

Flo : Chaque campeur arrive avec ses objectifs, certains débutent et d’autres sont déjà très bons. Notre travail consiste à les aider à les atteindre. Pour cela, il y a une partie coaching sur le glacier le matin, ainsi q’une vidéo correction chaque soir et, l’après-midi, des activités comme le water jump, le trampoline, le skateboard, le VTT, etc… L’objectif principal reste quand même qu’ils passent une belle semaine entre potes dans une bonne ambiance, et surtout qu’ils s’amusent car c’est le meilleur terreau pour progresser.
Le plus, c’est qu’Ils repartent avec une vidéo de leur semaine montée sur le morceau de musique de leur choix.

photos :

tristan shu/ www.tristanshu.com
fabrice wittner/ www.wittner-fabrice.com
elina sirparanta/ elinaphoto.com

black crows interview. Giuliano Bordoni : specialita di carne

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Originaire des alentours de Bormio en Lombardie, Giuliano a grandi aux portes du parc national du Stelvio dans le massif d’Ortles-Cevedale. Descendant d’une famille de bouchers, il délaisse l’héritage familial pour porter son dévolu sur les pics qui marquent l’horizon de son village. Touché par la grâce des hautes sphères, il compose des odes et envisage un moment devenir prête pour assouvir sa foi. Mais cela aurait été sans compter son goût pour le plaisir charnel et sa soif de liberté. En franc hédoniste, il se livre corps et âme à la tentation, devient guide de haute-montagne et scelle définitivement son sort en signant chez black crows. Fin glaciériste, amateur de pente raide et chasseur de grands itinéraires, Giuliano est un homme entier qui nous transmet l’émotion verticale à l’état brut.
Par JAG.

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Salut Guiliano, comment s’est passée ta saison ?

Une super saison. J’ai beaucoup skié et travaillé comme guide avec des clients fantastiques. J’ai vécu de très belles expériences. Avec un de mes clients et mon ami guide Bruno Mottini, nous avons skié la première de “Freedom and Love” au Pizzo Dosdé. J’ai aussi été invité avec le snowboarder Stefano Munari et le photographe Daniele Molineris au King of Dolomites, un concours photo qui se déroule à S. Martino di Castrozza et où nous avons fini quatrième. J’ai aussi été invité à Click on the Mountain, un autre grand concours qui se tient à Courmayeur. Mon équipe était composée du télémarkeur Paolo Marazzi, du snowboarder JacopoThomain et du photographe Riki Felderer… et nous avons gagné ! Notre objectif était de transmettre notre passion et notre manière de vivre en montagne. C’était une fabuleuse expérience dans un super spot avec de super potes. Le ski est un sport merveilleux, capable de donner de la joie et de permettre aux gens de partager leurs émotions. Un jour j’ai lu cette phrase : ‘deux bouts de bois sous les pieds et le monde à travers le regard’. Cela suffit à remplir une superbe saison… sans oublier un peu de neige.

Bruno Compagnet nous a dit que tu venais d’une famille de bouchers italiens, qu’est-ce qui t’a fait dévié de la tradition pour la carrière de guide ?

Mon père est boucher, ainsi que mon grand-père. Il y a une vieille tradition familiale autour de ce métier. Mes oncles sont producteurs de Bresaola, un salumi typiquement italien fabriqué à partir de viande de bœuf ou de cheval. La viande est séchée et agrémentée de sel, de poivre et d’épices. C’est un plat de la région de Valtellina. Je suis devenu montagnard pour découvrir les horizons et les secrets cachés derrière les montagnes. Depuis mon enfance, j’ai voulu comprendre cette fascination qu’exerçaient sur moi les montagnes, mais je voulais également savoir ou se trouvaient mes limites.  DEF_blackcrows

C’est à Bormio que tu as grandi, c’est là que tu as été initié à l’alpinisme ?

Oui j’ai grandi à Grosio, un petit village entouré des pics de Bormio, mais je me suis rapidement rendu compte que, quel que soit l’endroit où tu te trouves, chaque lieu recèle des secrets à découvrir. Mario Sertori, un guide de haute montagne, m’a appris à lire d’un œil neuf de nouvelles lignes et il m’a initié à la beauté des cascades de glace.

Quel est ton moment préféré quand tu es en montagne ?

Il y a un instant, le soir, juste avant le coucher, où Dieu me dorlote et dessine des cimes paradisiaques avec des couleurs pastels d’amour. C’est le moment que je préfère le plus. Mes yeux sont emplis de ces couleurs, de ces montagnes, de cet univers. C’est mon univers !

Mais tu as été sur le point de rentrer dans un autre univers, celui des ordres ?

Oui, j’ai penser à devenir prêtre, mais je me suis rendu compte que je ne pouvais pas exclure les femmes de mon existence. J’ai trouvé ma propre spiritualité, une approche moins liée à l’église. Je ne fais plus parti du fan club de Jesus. Je pense que tous ceux qui font l’expérience de l’aventure en pleine nature ont des chances de découvrir une forme de spiritualité en eux-même.

Il paraît que tu écris de la poésie.

Pas de la poésie, juste des pensées que éclosent dans mon esprit.

Peux-tu nous dire quelques lignes ?

Ho descritto il tempo mentre il tempo plagiava me. L’ho osservato mentre questo mi  costruiva e poi mi cambiava. Poi un giorno, dopo che ho iniziato a fortificarmi, l’ ho guardato piegandolo al mio volere, per quel tanto che potevo.

“J’ai décrit le temps tant qu’il me façonnait. Je l’ai observé quand il me construisait et me changeait. Puis un jour, quand j’ai commencé à me renforcer, je l’ai regardé et plié a mon vouloir, tant que j’ai pu.”

Et quelques noms de poètes que tu aimes particulièrement…

C’est difficile, il y a tellement de grands poètes : Jim Morrison, Bukowski, Blake, Neruda, Stefano De Benedetti, Dante ou encore Shakespeare avec son point de vue particulier sur l’amour véritable.

De Benedetti, c’était un skieur non ?

Il a bien écrit à propos de ses passions et de ses émotions (De Benedetti, skieur de pente raide des années 80′ a effectivement écrit des livres de poésie, NDLR). Et puis il y a des gens qui écrivent leurs émotions sur du papier, et d’autres qui écrivent leurs pensées et leurs craintes à mains nues, avec des piolets et des skis sur la montagne.blackcrows_ski_italy_freeride giuliano_norrona_blackcrows_ski_italy bordoni_chamonix_sevun_blackcrows_ski_

À quel âge es-tu devenu guide et quelles sont tes activités de prédilection en montagne ?

Guiliano : À 25 ans, et j’aime surtout le freeride et l’alpinisme.

Tu es passionné de ski en pente raide, comment en es-tu venu à cette discipline particulière ?

Guiliano : Le ski de pente c’est un état d’esprit et cela rassemble toutes les activités que j’ai apprise en tant que guide. Au départ, c’était surtout une manière de trouver un nouvel équilibre à ma propre réalité.

De quelle manière ?

Ma réalité est souvent influencée par les gens qui font partie de ma vie ou qui ont joué un rôle dans mon existence. Quand je skie, je trouve toujours mon équilibre intérieur. Pendant quelques instants, je me détache des autres  pour faire totalement partie de l’environnement qui m’entoure. C’est un moment unique. Je me retrouve seul sans personne à l’esprit. Un temps où il n’y a plus que moi, où je reprends possession de ce que je suis, dans la plus stricte simplicité, avec mes joies et mes peines, mes espoirs et mes peurs. C’est dans ces moments que j’arrive à lire clairement en moi et en dehors de moi. J’en ai besoin !

Comment as-tu découvert black crows ?

Michele Roscini Vitali, un ami, m’avait souvent parlé de cette marque et puis, un jour, il m’a présenté Bruno Compagnet. J’ai alors découvert l’esprit et la philosophie black crows et je suis tombé complètement amoureux de cette marque. Je suis sérieux, black crows, ce n’est pas seulement des skis, c’est quelque chose de plus. Quand je chausse ces skis, je me rend compte que je chausse également un mode de vie, une manière de skier, c’est une vision.

Tu as déjà participé au black weekend ?

Malheureusement non. Cette année, je travaillais pour le Skieda lors du festival. C’est un très grand rassemblement de télémark qui se déroule chaque année à Livigno. Des pratiquants viennent du monde entier pour participer à ce rassemblement d’une semaine. Je suis fier de ma contribution au Skiela, tout comme je suis fier de travailler avec black crows. C’est comme si je faisais partie d’une famille. Ce n’est pas que du ski, mais un mode de vie. Le black weekend fait partie de la philosophie de Black Crows, j’ai pu le voir sur les visages de Bruno et Minna quand nous sommes partis skier en Norvège une semaine après l’évènement. J’espère ne pas le rater l’an prochain. Keep rock !

Quels modèles skies-tu et pourquoi ?

Dans la profonde, j’ai l’habitude de skier les nocta parce qu’ils sont faciles, ludiques et que je peux faire ce que je veux. En même temps, ils ont une âme très solide. Les corvus sont mes skis préférés pour toutes les conditions, plus tu les attaques et plus tu peux charger.
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As-tu d’autres passions que la montagne ?

Oui bien sûr, la chatte (tant que je n’ai pas retrouvé le grand amour !),  mais j’aime aussi écrire de la poésie, cuisiner et passer du temps avec mes amis.

Est-ce que tu voyages beaucoup, que se soit avec ou sans clients ?

Le voyage est le seul bien que tu peux t’acheter sans que personne ne puisse te le voler. Voyager autour du monde est vraiment quelque chose de spécial, que ce soit la découverte de personne qui ont d’autres mœurs et d’autres approches de la vie. Un voyage est quelque chose qui restera à jamais en toi. C’est pourquoi je voyage dès que j’en ai l’opportunité, que ce soit avec mes amis, mes clients ou mes sponsors.

Est-ce que tu fais de l’image, photo ou vidéo ?

Au tout début de mon activité, je faisais des photos et des vidéos seul ou avec mes amis. Aujourd’hui, je continue pour mes sponsors, mais devant l’objectif. Cela me permet de découvrir des endroits et des skieurs incroyables. Avec Norrona, par exemple, j’ai eu la chance et la fierté de travailler avec le photographe Jonas Bendiksen de l’agence Magnum.Freeride_Bordons_clickalps_GM_blackcrows_ski_

Un mot pour la route…

Leggero, veloce, profondo (léger, rapide, profond)… ciao

 

Photographes:
Daniele Molineris www.danielemolineris.it
Maurizio Fasano
Giacomo Meneghello http://www.clickalps.com/en/photographer/Giacomo-Meneghe

black crows interview. Pierre Guyot : gibier de potence

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L’espoir était mince de voir la liberté reprendre des couleurs face au diktat du style. Pierre Guyot, grâce à un humour caustique et une légitimité pieusement acquise tout au long de sa foisonnante carrière de skieur, a activement participé à ce rééquilibrage essentiel au freestyle. Qu’il s’agisse de ses frasques étalées sur les pages du magazine Weski, de ses interventions satiriques sur le site Skipass ou, plus récemment, de sa fameuse imposture de quadruple backflip sur les forums de la toile, le flibustier des Ménuires a balancé quelques salvateurs pavés dans la marre d’un sport volontiers sclérosé par la performance et le narcissisme. Evidemment, cette casquette d’empêcheur de tourner en l’air fait quelque peu passer au second plan sa dextérité sur les planches, mais n’est-ce pas là une moindre conséquence quand on participe si farouchement à la légèreté d’une activité céleste.

Par Antoine Jaccoux Grospiron.

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Sans louvoiements, entrons directement dans le vortex, penses-tu que l’on puisse être pro dans le ski sans faire la pute ?
Pierre : Etre pro en ski sans se soumettre un minimum n’est malheureusement pas possible. Plus tu es fort et connu, plus tu es obligé de mentir pour rendre la réalité plus belle qu’elle ne l’est. Tu dois mentir pour le bien de tes sponsors ou pour te mettre en valeur auprès d’eux. Certains le font mieux que d’autres, ce qui explique que des riders arrivent à négocier de gros contrats sans pour autant être d’excellents skieurs. C’est moche, mais c’est comme ça, ça fait parti du boulot.
Histoire de te mettre à l’aise, est-ce que tous tes sponsors sont vertueux ?
Pierre : J’aimerais bien dire plein de trucs à ce sujet, mais comme je l’ai expliqué, je ne peux pas ouvrir ma gueule pour démonter les marques qui me soutiennent. Black crows, Eider et Adidas sont de superbes marques qui font des produits de qualité.
Changeons d’atmosphère, comment c’est passé ton hiver et quels sont tes projets pour la suite de la saison ?
Pierre : Mon hiver c’est bien passé. J’ai eu d’excellentes conditions de neige et pas mal de temps pour skier. J’ai shooté avec GPSY Feelin pour leur prochain film et j’ai fait quelques édits pour le blog Black Crows. Parallèlement à cela, j’ai travaillé à l’ESF des Menuires puis avec Monster Energy sur des évènements. L’année prochaine, je souhaite continuer dans la même direction, mais je n’ai pas encore de projets concrets. Je vais déjà essayer de focaliser sur ce qui me reste à faire cet hiver avant de penser à l’année prochaine.
Considères-tu le ski comme un loisir ou un sport ?
Pierre : Le ski peut être considéré comme un sport ou un loisir selon les personnes. Moi je pratique le ski la plupart du temps comme un sport, j’aime bien repousser mes limites et essayer d’améliorer mes performances au lieu de suivre les touristes sur le pistes.
Est-ce que tu te considères comme un passionné ?
Pierre : Oui je suis un passionné, sinon il y a bien longtemps que j’aurais lâché les planches pour être avocat comme votre pote Chris Booth.
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Et tu n’as pas l’impression d’être un gros privilégié de bourgeois occidental sans vergogne qui glisse tranquillement sur une surface cristalline tandis que le monde est à feu et à sang ?
Pierre : Ca dépend avec qui tu me compares, si c’est avec un pauvre petit malien ou avec un fils de riche héritier américain. Disons que je ne suis pas à plaindre, je n’ai pas trop de sous, mais j’ai une vie bien remplie et je me fais bien plaisir.
Les JO, c’est pour l’année prochaine, est-ce que tu prédis la mort du new school ?
Pierre : Les JO je suis pour. J’ai toujours pensé que ça créerait une bonne émulation autour du sport. J’ai foi car les personnes qui gèrent ça de là haut ne sont pas toujours les bonnes et j’espère qu’elles défendront notre sport au mieux au lieu de penser à leur propre intérêt ou encore à leur porte-monnaie. Si ça va tuer le sport ? J’espère que non, je croise les doigts et on verra bien.
Pour Sotchi, tu as misé sur des poulains et des pouliches chez les bookmakers ?
Pierre : Non mais est ce réellement une bonne idée ? Je vais devoir attendre les premiers résultats de l’hiver prochain, regarder combien sont cotés les athlètes pour me dire au final que ça ne sert à rien de parier tant d’argent pour gagner si peu.
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Elles sont jolies les freestyleuses de l’an 2013 ?
Pierre : Il en faut pour tout les goûts. Moi j’aime bien le charme de Roz Groenewoud, le sourire de Gretchen Bleiler, le petit shape de Kaitlyn Farrington… Mais il faut que j’arrête de rêver !
Concernant ton quadruple backflip à X mille vues sur la toile, est-ce que tu considères que tu as dépassé les bornes ?
Pierre : C’est clair que ce gros fake* a foutu un coup de pied au cul au petit monde du ski freestyle. Avoir dépassé les bornes je ne sais pas, mais j’ai été gêné de recevoir toutes ces félicitations que je ne mérite pas. Après, beaucoup de gens ont apprécié la blague et de voir leurs commentaires ça m’a bien aidé à oublier le reste. J’espère maintenant tourner la page sur cet épisode et aller de l’avant. Je supporte mal le fait d’être un imposteur.
Si un kid se brise en deux en essayant de t’imiter, est-ce qu’au fond de toi, tu ne serais pas content qu’il n’ait pas réussi ?
Pierre : Je suis plutôt du genre à vouloir coacher et à essayer d’aider les gens qui me demandent conseil sur le park que de vouloir qu’ils se blessent. Donc oui, si le petit se brise, je pense que je rigolerai aux éclats alors qu’au fond de moi je serai triste pour lui.
Est-ce que ta notoriété te permet d’avoir plein de groupies comme certaines vedettes du halfpipe ?
Pierre : Ma petite notoriété m’a déjà créée des opportunités qui ont débouché sur des actes sexuels, c’est indéniable. Mais ces occasions sont beaucoup plus rares pour moi qu’elles ne le sont pour les stars de la discipline. Je vis cela comme un bien pour un mal, car les filles que j’apprécie le plus sont celles qui trouvent le ski plutôt ringard.

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Black Crows, c’est un peu un drôle de nom, tu en penses quoi de ce gros pléonasme ?
Pierre : Je n’avais jamais pensé à ça. Perso j’aime bien ce nom et je ne vais pas chercher plus loin. Je laisse cette histoire de pléonasme aux intellects. Tu sais en France on parle plutôt mal anglais, la majorité des gens ne savent même pas ce que « crows » veut dire, donc je pense que la question ne se pose pas vraiment.
Et sinon, tu skies sur quels modèles et qu’est-ce qu’ils ont de vraiment super par rapport à d’autres skis ?
Pierre : Je skie les nocta en freeride backcountry et les venor en freestyle, ce sont de super skis qui ont cependant quelques petits aspects que je n’apprécie pas forcement, mais je n’ai pas le droit d’en parler ici. En revanche, j’ai déjà tout dit à Julien Regnier, le shaper. C’est ça qui est bien avec une petite marque comme black crows, l’avis des riders est considéré comme important et il est pris compte pour faire avancer les choses dans le bon sens.

Skipass, pourquoi t’être foutu dans cette galère ? Ils t’ont filé des autocollants ?
Pierre : Tu parles de commenter les X. Je me suis lancé dans cette aventure parce que j’étais blessé à l’épaule et que je voulais aller voir les X Games aux US tous frais payés et supporter mes potes. Je crois me souvenir qu’un jour ils m’ont effectivement donné des autocollants « In tartiflette we trust », je ne sais pas ce que j’en ai fais, je ne les ai pas collé, ça c’est sur.

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Il paraît qu’il y a des japonais irradiés qui te cherchent suite à tes propos déplacés aux X Games. Tu confirmes ?
Pierre : Non je ne suis pas au courant, mais ça m’étonnerait quand même que les japonais regardent les vidéos sur skipass. Si c’est le cas, je souhaite en profiter pour m’excuser auprès d’eux. Mes propos ont été déformés, c’est de ma faute j’aurais du assister au montage, j’aurais du rester aux cotés de Ludo Chauchaix pour lui éviter de faire n’importe quoi et de démonter une fois de plus mon e-réputation. Mais à la place, j’ai préféré me barrer faire la fête en boite.
À quoi est-ce que tu aspires dans le fond ?
J’ai eu beau essayer à plusieurs reprise, je n’ai pas réussi à prendre assez de recul sur ma personne pour formuler une réponse légitime à cette question. Je m’en excuse.

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Donnes-nous une infime lucarne d’espoir.
Pierre : Souriez, demain sera pire.

*Comme beaucoup de ses congénères, Pierre aime employer des anglicismes pour avoir l’air à la page. Pour votre gouverne,Fake signifie imposture en français. Par exemple, fake orgasm se traduit par orgasme simulé. Oui, ça n’a rien à voir, mais on double facilement le nombre de lecteurs avec une touche de sexualité.

 

photos actions et portrait ski : Louis Garnier/ www.louisgarnier.com

autre portraits : elina sirparanta / elinaphoto.com

black crows : Liv Sansoz en conversation avec Julien Régnier et ski au couloir Whymper à Chamonix.

Julien : Bonjour Liv, ton parcours ?

Liv : j’ai été double championne du monde et trois fois vainqueur de la coupe du monde d’escalade. J’ai appris à skier à l’âge de deux ans mais je n’ai jamais été en ski club. Je suis passée par l’époque monoski, snowboard et puis je suis revenue au ski pour la montagne. En plus d’une belle carrière en escalade le ski a toujours été un grand plaisir et comme beaucoup j’ai souvent attendu les premiers flocons de neige avec impatience et excitation.

J : Que représente le ski de montagne pour toi?
L : C’est une dimension que j’ai découverte en m’installant dans la vallée de Chamonix. Donc c’est très récent pour moi. Cela me correspond parfaitement. J’aime faire des choses que tout le monde ne fait pas, être loin de la foule, aller chercher une pente ou un couloir qui demande un certain effort et aussi d’autres compétences que celles de skier. Et avant tout me retrouver dans le cadre magique de la haute montagne.

J : Qu’as tu envie de réaliser avec tes skis aux pieds ? 
L:-> elle est dure cette question-là … et si je te demande la même chose ?

J : Parle-nous des autres sports qui te font vibrer?
L : Je dirais l’escalade et l’alpinisme bien sûr. Et puis le BASE jump, la wingsuit, le parapente et le speedriding. J’aime apprendre de nouvelles choses et développer de nouvelles compétences. Je pratique toutes ces activités tournées vers la montagne et un certain esthétisme. Sauter d’un building m’intéresse peu. Sauter de l’Eiger beaucoup plus.

J : Mais le ski c’est quand même mieux, hein !
L : hum…. le ski c’est franchement très très bon oui. Je pense en faire toute ma vie alors que le BASE Jump non.

J :As-tu des projets en montagne, sommets, expé ?
L : En fait j’ai beaucoup de projets… peut-être trop même. J’aime mieux les faire et en parler après. Dans le massif du Mont Blanc on a un incroyable terrain de jeu que j’aimerais continuer d’explorer. Et puis je voudrais retourner dans le Karakoram et découvrir une partie de l’Himalaya pour des sommets ne demandant ni permis ni oxygène.

J : Tu as fait le Whimper cette saison, c’est une belle réalisation, raconte-nous.
L: Pour moi c’était un rêve. En fait je n’avais pas imaginé que j’avais le niveau de skier le Whymper. Et puis Boris Dufour m’a laissé un email, il avait envie de faire la Verte et de redescendre par le Whymper. On savait que la météo était stable, pas de vent et surtout que le Whymper était en bonnes conditions. J’avais vraiment envie d’y aller. Mais j’étais aussi consciente que je n’étais pas une grande skieuse comme quelqu’un qui ne fait que cela et qui a des années de ski engagé derrière elle. J’ai vérifié les topos, j’ai fait part à Boris de mes doutes pour le Whymper. Lui ne se faisait pas de souci quant à mon niveau. Parallèlement, plus la journée avançait plus je sentais la course.
On est vite montés aux Grands Montets pour bivouaquer, histoire d’attaquer le couloir Couturier en face Nord Est de l’Aiguille Verte (1350m de denivelée dont 1000m assez raides (55 degrés) en neige avec quelques passages en glace). La montée nous a un peu pompés et tu sors quand même à 4122m. L’ambiance du sommet était magique. Boris a chaussé du sommet et glissé jusqu’en haut du couloir Whymper. Moi j’ai préfére descendre l’arête en crampons. Tout en haut du couloir il y avait des parties de neige d’une consistance douteuse (neige plaquée par le vent) qui ne me plaisait pas trop. Boris m’avait proposé de skier les premiers virages encordée pour prendre confiance. Du coup je n’ai pas refusé. Un, deux, trois virages et puis j’ai vu que c’était tout bon pour moi. Hop j’ai avalé la corde et on a attaqué la descente tous les deux en enchaînant les virages. Il fallait faire un peu gaffe, il y avait des petites coulées. Mais j’ai vraiment pris du plaisir à skier. Vers la fin, des corniches du sommet sont tombées et elles ont déclenché des coulées plus importantes cette fois. On a dû filer, tracer jusqu’à la rimaye et enfin se retrouver en bas sur le plat en sécurité. C’est en me retournant et en regardant le couloir que je me suis dit que c’était quand même un joli morceau… pour une grimpeuse.

J : Le choix du matos pour partir sur une course comme ça (ski, chaussures, technique)?
L :L’an passé j’ai fait quelques couloirs un peu raides et j’ai pris la mesure de l’importance du matos. Avec les Orb je me suis tout de suite sentie en confiance. C’est un ski assez nerveux et fiable et qui me convient bien. le vrai casse-tête pour moi ce sont les chaussures. Trouver des chaussures qui te permettent de skier sans être trop lourdes… perso je n’ai pas trouvé. Du coup cette année j’ai opté pour une autre stratégie : des chaussures super légères avec lesquelles tu ne vas pas taper des grandes courbes mais que tu apprends à skier. Pour le Whymper j’avais des Dynafit TLT5 Performance. J’ai dû skier pas mal avec avant de pouvoir me dire « ok si tu vas en pente raide avec ces chaussures tu sais que tu seras ok ». Cela m’a demandé un petit temps d’adaptation. Mais quand tu sais que la course va être longue et  la descente technique c’est un bon compromis.

J : Une année à cham c’est quoi (différentes activités pendant les saisons)
L :Cham on peut le voir sous plein d’angles différents, du Dysneyland pour sports « extrêmes » à un terrain de jeu unique et presque inépuisable. Je préfère la seconde version. Ici je vis au rythme des saisons. Ski l’hiver et alpinisme, parapente et speed riding. Ski le printemps, Speed riding, parapente et reprise de la grimpe si les faces sont sèches. Ete et automne grimpe, alpinisme, parapente, BASE et hop nous voilà déjà en hiver !

J : Quels sont tes skis chez black crows ?
L :Les Noctas ! Ces skis ont apporté une véritable nouvelle saveur à mon ski et à mon plaisir de skier ! Ensuite les Orb freebird parce qu’un bon ski qui reste léger c’est la base.

J : On ne t’a pas vue au black weekend !!!
L :J’attendais que tu m’emmènes ! Nan, je suis une vraie sauvage. Pas forcément à l’aise en meute. Allez on va skier.

Photos : Boris Dufour

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blackcrows interview. Charles et Mathieu Navillod : les frères solides

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Ex membres de l’équipe de France de bosses, les frangins Navillod ont transféré leur style explosif dans le freeride et le backcountry. Aujourd’hui moniteurs à Tignes, ils profitent de leurs terres pour chasser les pentes avec l’appétit de grands prédateurs et n’hésitent pas à sortir de leur territoire pour braconner sur tous les massifs. Très actifs sur la scène freeski, gros skieurs sympas et humbles, les Navillod ont opté pour Black Crows au sortir de leurs années de fédération. À les croire, le passé de ‘bosseurs’ de nombreux membres de l’escadrille les a mis en confiance. Cet aveux corrobore certaines rumeurs : les bosses, c’est une vraie mafia. Le hot dog c’est sexuel.

 
Petite présentation messieurs…

Nous venons d’une famille de skieurs et sommes tous deux passés par le ski alpin, puis je (Charles) me suis orienté vers le ski freestyle et le ski de bosses à 13 ans, pour Mathieu c’était à 17 ans. Nous sommes passés par le comité de ski de bosses, puis l’équipe de France … préparation physique 350 jours/an, ambiance Je pense que c’est grâce à ce parcours que nous sommes vraiment sérieux dans notre ski, notre préparation, et tenons vraiment à notre hygiène de vie ( Ah parcontre nous ça n’a pas toujours été le cas NDLR ). Concernant le freeride, on en a toujours fait. Nous avons toujours préféré les lignes vierges aux bosses, même si se lancer à fond sur une piste de bosses, c’est vraiment trés bon !

Aujourd’hui Mat est un peu plus orienté compétition que moi. Je préfère faire de l’image, photo et vidéo plutôt que de participer à des compétitions de freeride aux conditions aléatoires.
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Comment vivez-vous du ski ?

Nous sommes tous les deux moniteurs de ski chez Evolution 2 à Tignes. On aime enseigner notre passion : cours de freeride, freestyle… et débutant aussi, il faut bien. On commence aussi à décrocher des ‘petits’ contrats avec le freeride. Ce n’est pas facile, mais on fait notre petit bonhomme de chemin. Après, on essaye d’être actif l’été pour se libérer un maximum l’hiver, nous avons une école de surf à Soulac avec le skieur de bosses Guilbaut Colas. D’ailleurs, le surf est un bon complément pour la glisse sur neige.

 

Tignes, c’est un domaine qui vous comble ? Quelles sont les qualités du domaine ?

Tignes c’est bon. Très souvent de supers conditions, des milliers de lignes très différentes et pour la plupart très accessibles. Aujourd’hui, pas mal de personnes pratiquent le freeride à Tignes et le niveau monte nettement. C’est cool. Et puis, il reste toujours des traces à faire… Ici, on trouve tous les terrains : de la face nord de la Grande Motte entre les crevasses jusqu’aux Brévières dans les pillows entre les mélèzes.andyparant.com_navillod_blackcrows_tignesMathieu

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Quels sont vos projets ski ?

Pour le moment Mathieu souhaite faire 2 ou 3 Freeride World Qualifier (FWQ). Il est chaud pour un peu de compétition… Sinon, on se motive au quotidien pour faire de l’image. Pour la photo, on shoote principalement avec Andy Parant. Pour la vidéo, on a nos petites caméras embarquées et quelques projets avec Mathias Lopez. On fait beaucoup d’images pour la station de Tignes, ça se passe super bien, la station est dynamique.Mais profitons de cette interview. Nous sommes ouverts à de nouveaux projets vidéos si jamais des oreilles traînent !

Concernant les trips, Mat est pas mal en Autriche cet hiver et je vais sûrement le rejoindre au mois d’avril… Puis on projette aussi un trip sur l’Etna. Pour le moment, on manque de budget et ce n’est pas évident, mais on donne tout !

 

Votre passé de freestyler aurait pu vous prédestiner au new freestyle, pourquoi ne pas avoir pris cette direction ?

Le niveau en freestyle est complètement dingue ! On a des bases correctes, mais franchement, on est complètement largué face aux jeunes dans les parks. Pour nous, le freeride backcountry est le mix parfait. On aime être en l’air, faire du beau ski et profiter de la nature sans personne aux alentours. L’esprit de liberté, le coté artistique sans limite, le côté exclusif, et puis, même sur une même face les conditions ne sont jamais les mêmes. C’est ce qu’on aime dans le ski.
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Etes-vous amateurs de pentes ?

On aime beaucoup skier des pentes raides, après on ne fait pas que ça… C’est sympa de pousser les limites, aussi bien dans le raide que sur de gros sauts. Un bon shoot d’adrénaline, ça fait quand même du bien !

 

Que faites-vous en dehors du ski ?

On touche un peu à tous les sports, ski, surf, vélo, natation, escrime, trail en montagne. On aime la vidéo, le cinéma, la musique, les soirées entre amis. On n’a qu’une seule vie. Elle est courte, mais si on la gère bien, ça suffit amplement.©andyparant_navillod_tignes_blackcrows

Qu’est-ce qui vous a amenez à skier chez Black Crows ?

Dès notre sortie de l’équipe de France, on s’est orienté vers cette marque authentique, gérée par des personnes avec un parcours très proche du notre (ça met en confiance). Camille Jaccoux, Julien Reignier et Bruno Compagnet sont passés par le ski de bosses. ( On aurait eu quelques commentaires là-dessus mais on ne va pas les faire en fait NDLR ) Ça forge un homme ça ! ( Le hot dog NDLR )

 

Quels sont vos modèles de prédilections ?

Pour Mathieu : le Corvus 196 (un ski solide pour un homme solide)
Pour Charles : le Nocta 188 (un ski joueur pour un homme joueur)

Après tous les skis ont un petit plus, un petit charme. Du coup, on aime vraiment skier sur tous les modèles. Chaque ski est très intéressant.DCIM100GOPRO _DSC8326-Modifier-©andyparant.com

Quel est votre vision de la marque ?

Les performances des skis nous comblent. Des skis qui marchent partout et pour tout le monde ! Et puis ce sont des skis qui ont une vraie identité. Leur design est reconnaissable entre mille. Pour nous, c’est une marque authentique, avec une image à part._DSC8337-Modifier-©andyparant.com

Charles, 26 ans, Ski pour Black Crows, Tignes, Degre7, Oakley, Komperdell

Mathieu, 24 ans, Ski pour Black Crows, Tignes, Degre7, Poc, Komperdell, Zanier et Skiclinic

Photo: http://andyparant.com/

blackcrows interview. François-Régis Thévenet et Alexandre Pittin : compagnons de lignes verticales

thevenet_frendo_blackcrows_chamonixL’un est guide de haute montagne passionné de ski, l’autre est ex membre de l’équipe de France de descente passionné de montagne, les deux font la paire dans la quête de pentes raides. François-Régis, alias ‘Fanfan’ et Alexandre alias ‘Alex’ se sont rencontrés il y a deux ans sur les pentes du massif du Mont Blanc et ont décelé dans le regard de chacun la ferveur de la verticalité et la complémentarité du bon compagnon de cordée. Tous deux cristalliers, ils partagent le goût de la montagne sauvage, loin du tumulte des hommes, pour gravir et skier des faces où les degrés de difficulté et d’inclinaison s’effacent devant le plaisir d’une aventure partagée, skis aux pieds.

pittin_blackcrows_skiQu’est ce qui vous attire dans le ski de pente raide ?

Une passion partagée pour l’alpinisme et la glisse. Faites un bon mélange des deux est vous obtenez le ski de pente raide : l’association de belles ascensions et d’incroyables descentes. Ce n’est ni plus ni moins que du ‘deux en un’. Le ski de montagne, c’est avant tout une histoire d’alpinisme, de cordée, de verticalité, de tranquillité, de patience, d’observation, d’adaptabilité et de simplicité. Cela regroupe l’engagement, l’esthétisme des lignes, la technique, l’adaptabilité aux conditions, l’impératif du ‘geste juste’, la complicité.
alex_pittin_by_francois_R_Thevenet:blackcrows_3Estimez-vous qu’il s’agit d’une activité plutôt mentale ou plutôt physique ?

C’est un bon 50/50, sauf dans quelques cas particuliers, type aiguille du Midi où tu peux accéder à ce type de descentes par gravité (le téléphérique). Dans ce cas, tu ne t’uses pas trop à la montée et tu prends un petit pari sur les conditions. Alors, bien sûr, tu es plus stressé que fatigué.

Comment sait-on qu’on a trouvé un bon compagnon de cordée ?

Quand tu partages un bonheur simple, vrai et sincère. Quand une amitié commence à se tisser au fil des descentes. Quand tu sens que ton compagnon n’y va pas pour faire ‘une croix’ dans son topo, mais juste pour partager un bon moment montagne. Quand ton compagnon est bienveillant, soucieux de ton état. Le terme compagnon de cordée en ski de montagne est bien choisi et certainement plus approprier que compagnon de ski.

thevenet_cervin_blackcrowsQuelles sont les qualités respectives de chacun, quelle est votre complémentarité ?

François-Regis : Alex est un skieur hors pair au mental d’acier (les séquelles de la descente à haut niveau certainement). C’est un ‘métronome’ du ski de pente. Jamais une erreur, tout est posé. Le haut du corps ne bronche pas face à la pente tandis que les jambes se baladent d’un côté à l’autre. C’est déconcertant de facilité et décontraction. Sans compter que l’animal est une machine à faire la trace à la montée. Alex est surtout un très bon montagnard, bienveillant et toujours à l’écoute de son compagnon de cordée.

Alexandre : François est un très bon alpiniste doublé d’un très bon skieur. Il est endurant, posé, bienveillant. Et pour couronner le tout, il filme et prend des photos sans perdre de temps.

Notre complémentarité commence tout d’abord par une passion partagée pour la montagne. D’un niveau homogène dans beaucoup de domaine, nous filons à la même allure et pouvons toujours compter l’un sur l’autre. Jamais à cours d’idée, nous sommes toujours motivés pour parcourir la montagne skis aux pieds.

fanfan_aiguille_blackcrows_chamonixComment décidez-vous qui va commencer à skier en premier ?

On ne décide pas vraiment, ça se fait naturellement. Sinon, l’un propose à l’autre de passer devant, cela pour pas mal de raisons : forme physique, envie, cadrage…

Est-ce que vous skiez toujours par-là où vous êtes montés afin de bien mesurer les pièges ?

Pas toujours. Pour trois bonnes ou moins bonnes raisons: la technologie, la raison et le timing (peut être la moins bonnes des trois). Prenons trois exemples pour ses trois exceptions :
-Une descente de la Mallory en face nord de l’aiguille du Midi est accessible par gravité, alors de temps à autres on en profite (mais c’est loin d’être les descentes de ski de pente qui nous font le plus rêver).
-Une descente du couloir Guervasutti au Tacul peut être envisager en montant par un autre itinéraire moins exposer aux chutes de séracs.
-Une descente en face sud des Courtes ou des Droites se réalise plus aisément à la journée en montant par les faces nord.

Dans les trois cas de figures ci-dessus, cela nécessite une bonne observation préalable et un bon suivi des conditions pour ne pas avoir de mauvaises surprises !

fr_thevenet_chamonix_midi_ski_blackcrowsComment abordez-vous les moments de doute et de peur ?

Sereinement, avec tout le matériel dont nous disposons. Si tu as un bon sac, de la longueur de corde, de quoi faire des relais en rocher ou glace, tu pourras toujours descendre même si tu es terrorisé. Et peut être, le plus important, on peut toujours compter l’un sur l’autre.

Un petit exemple : l’an passé on se retrouve avec Alex au Frendo à l’aiguille du Midi. Dans la partie haute la neige était profonde et changeante, en revanche dans la partie basse de la face, la neige était « béton glace ». Je ne me sentais pas de skier le début de la partie basse (sous le bastion rocheux). Alex m’a fait skié avec la corde sur 100m (en confectionnant des relais de fortune) et après c’était bon. Sans matériel j’aurais était terrifié, mais là j’avais en plus du matériel un compagnon pour me gérer, confortable non !

Avez-vous déjà fait demi-tour en haut d’une pente ?

Plus d’une fois.

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Quel est l’ingrédient le plus important pour devenir un bon skieur de pente ?

La passion. Mais un ingrédient n’est pas suffisant. C’est là où le ski de pente prend tout son sens et nous attire car c’est un condensé de beaucoup de choses : technique alpine, technique à ski, gestion du stress, concentration…

pittin_cervin_blackcrowsQuels sont vos modèles Black Crows de prédilection pour ce type de ski ?

Le corvus 175 est notre ski préféré pour la pente. Le orb 179 est également une super arme pour la pente raide, apportant un poil de légèreté.

Qu’est ce qu’un bon ski de pente ?

Un ski simple, un peu large (100), un peu court (175), talon relevé arrière (pour faire la feuille morte dans les parties « chamois »), rigide, solide. Mais surtout un ski bien préparé !

Et en dehors de la pente, quels modèles utilisez-vous ?

nocta , sevun pour François
nocta, sevun, corvus, camox pour Alex

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black crows interview. Julien Regnier : faut que ce soit charnel

Julien Regnier La Plagne blackcrowsArchitecte autodidacte animé par la sensualité, on lui doit les courbes libertines du Nocta et les kickers ithyphalliques du plus gros événement backcountry européen. Passionné d’image, il capte l’escadrille en action à pleine salve de Gif ou, une fois revenu à terre, les poésies de l’instant avec son oeilleton télémétrique allemand. Il foisonne, note et gribouille des plans, prend des avions, roule en Citroen et surtout, s’inspire de la beauté des filles. Designer ski de black crows, expert des images et montages numériques, on en oublierait presque l’essentiel : son adresse et sa créativité quand il glisse sur la neige.

blackcrows glacier julien reignier

Depuis que tu es chez Black Crows, tu t’es beaucoup investi dans la conception des skis. On parle souvent du nocta, mais est-ce qu’il y en a d’autres ?

J’ai toujours été très investi dans la conception des skis depuis mes débuts avec Rossignol. À l’époque, il y avait tout à faire et, aujourd’hui, il y a tout à perfectionner. J’ai évidement commencé par concevoir les skis avec lesquels je voulais rider, et maintenant je dessine  la gamme black crows. Je travaille avec Camille et certains riders et guides du team, j’écoute tout le monde. Je trouve ça cool de penser à des formes qui vont avoir des influences particulières. La mécanique me fascine, avec des petits détails, on peut faire de grandes différences.

Bon Appetit blackcrows elina julien regnier

Comment se met en place l’idée d’un ski, son concept, puis sa réalisation ? Quel est ton cheminement ?

Je pars toujours de la pratique et des évolutions à apporter aux modèles déjà existants. Le but est d’aller vers la performance mais, sur beaucoup de skis, cela se traduit par une recherche de facilité. Un ski facile permet d’en faire d’avantage. Donc, pour moi, la facilitée va aussi vers la performance, le Nocta par exemple en est une bonne démonstration.
Ensuite selon les programmes des skis définis, on discute avec la petite équipe ski chez black crows et on implique les riders spécifique au programme. On travail dans le détails, je discute avec tout le monde pour trouver des améliorations. Par exemple on ne va pas faire d’un modèle spécifique un ski trop polyvalent, on cherche toujours chez black crows cet équilibre entre plaisir et performance. Et travailler aussi sur des skis typés pistes et plus  » grand public », c’est cool aussi. J’aime essayer de comprendre comment fonctionnent les shapes et fabriquer des skis adaptés à tous. Des skis où il y a du plaisir, des sourires, sur lesquels on se sent bien.

blackcrows  snow julien regnier

On voit régulièrement des photos de toi sur le site. Il y a quelques années, tu en faisais beaucoup, puis tu sembles t’être consacré aux montages et aux films, est-ce que tu reviens à tes premiers amours ?

Ah oui grave, je me suis acheté un petit boitier télémétrique que je prends partout avec moi. J’ai un 35mm et je suis vraiment content. C’est top. Je travaille sur un projet avec ces photos. Je cherche un mécène si jamais tu connais. Vous pouvez aller voir les photos sur julien-regnier-maximin.tumblr.com

 Halti Winter 2012 302 elina julien regnier blackcrows

Toi qui es habitué aux vidéos et aux séquences, qu’est-ce que tu apprécies dans l’image figée à un instant T ?

Le mode de capture et la distribution sont à mon avis plus flexibles. C’est un travail solitaire et une image ce lit vite. L’histoire est là, devant toi. C’est magique. Pour la vidéo, c’est toujours un peu compliqué à produire. Il faut monter puis il faut prendre plus de temps pour regarder. C’est magique aussi, mais avec mon petit boitier, je suis autonome. Un peu comme avec une Gopro et ça me correspond bien. J’aime partager des émotions à travers des médiums artistiques, que ce soit la vidéo, la photo ou n’importe quoi d’autre. Je crois en l’énergie artistique. Il y a quelque chose qui se passe entre des individualités via des œuvres, c’est joli.

Halti Winter 2012 elina blackcrows julien regnier

Aujourd’hui, tout le monde fait des vidéos. Il y a beaucoup de web épisodes, de création bonne ou mauvaise, est-ce que ce foisonnement n’est finalement pas néfaste pour le sport ?

Je pense qu’un milieu qui foisonne est préférable à un milieu en déclin. Il y a plein d’énergies comme tu dis, des bonnes et des mauvaises. Il faut juste faire le tri, mais quand je vois le nouveau teaser de Sherpa, ça donne le vertige, non ? Tout comme « A skier journey » ou les épisodes de Nimbus et de Bon Appétit. Les méthodes de distribution changent et se diversifient. Ça crée des ouvertures pour plein de choses.

Julien Regnier La Plagne blackcrows

L’an passé, tu prévoyais un projet de randonnée avec les productions Poor Boyz. Un concept de film autour de la Haute Route, où en es-tu de ce projet ?

Nous somme avec PBP, Elina, JP Auclair et Calum Pettit, ainsi que Fanfan senior et junior ( les guides Stefane Dan et François-Regis Thevenet ) partis sur l’idée de faire cette Haute Route (randonnée entre Chamonix et Zermatt). On veut faire ça sur 10 jours et rider tout ce qu’on peut dans un esprit freeride et pente raide. On est partie l’année dernière, mais on n’a pas eu de chance avec la météo donc on retente cette année. C’est une belle expérience de groupe et c’est une approche du ski que j’aime de plus en plus.

Julien Regnier La Plagne elina blackcrows

Tu vas aborder ton cinquième Linecatcher et tu vas aussi t’investir dans le shape de la Skiers Cup de Zermatt. Peux-tu nous décrire comment tu procèdes et ce qui te plaît dans ce travail à part l’argent ?

L’argent est un facteur prédominant de toute évidence, mais, en même temps, j’ai toujours rêvé d’être archi. Là, je fais un peu des châteaux de sable dans la neige. C’est une belle réussite et surtout un pied de nez au système scolaire.

Mallory chamonix blackcrows elina julien regnier

Finalement, toi qui a claqué la porte de la compétition, tu n’as pas l’impression d’y rentrer par la fenêtre ?

Oui je sais, c’est nul. En même temps, c’est cool de voir tous les acteurs de la scène BC se retrouver ensemble. Ça n’arrive pas souvent. C’est une petite fête et tout le monde est content de rider ensemble, d’autant que le format est intéressant car on n’a jamais l’occasion d’enchainer des runs comme ça en tournage.

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Voilà 3 ans que tu es chez Black Crows, qu’est-ce qui te vient à l’esprit quand tu regardes le chemin parcouru ?

Je suis vraiment content des Nocta, c’est vraiment un ski génial. Je suis aussi super content de travailler avec une équipe comme ça. Camille est absolument fou, Yorgo est un génie, Bruno c’est Bruuuuno. On a une super dynamique avec des riders comme Chris Booth, Pierre Guyot, Tom Leitner, Oakley White-Allen, Bird, Nate, Jeremy, Alex Pittin, François-Regis Thevenet. Ce team est top et se sont vraiment des passionnés de ski tous un peu dingues :).
Sinon, l’année dernière, on a mit en place la campagne pub en GIF. Un projet sur lequel je me suis beaucoup investi. C’était super. On a bien rigolé et le rendu est original. Je vous invite à aller voir le site dédié à cette série : gif.blackcrows-skis.com

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Comment imagines-tu le futur de Black Crows ?

Je pense que black crows a un réel potentiel universel. Ce sont des skis pour tous, de 7 à 77 ans. Il faut qu’on étoffe notre gamme tout en restant pointu en termes de skiabilité et de performance. Mais on parle aux skieurs : des gens qui aiment la montagne, que ce soit sur piste, hors piste, dans le park ou en randonnée. On veut apporter des skis qui ont du sens dans chaque discipline.

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photos : Elina Sirparanta / elinaphoto.com
itv : JAG

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