black crows brakko. Une journée avec Bruno Compagnet

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D’après la taille des bois, il s’agit d’une bête dans la force de l’âge. La ramure est lisse, ses ramifications pointues et acérées telles de multiples poignards prêts à combattre mâles rivaux et prédateurs. Seule la coiffe rappelle la vie que contenait il y a peu ce trophée morbide et primitif. On croirait une chevelure ajustée, comme si le cervidé, ex fan des Stray Cats, avait l’habitude de se gominer la banane avant d’aller taper du sabot pour bramer tout son soûl. Il a encore fière allure le loubard des sous-bois. Son orbite nous toise d’un air mauvais et il va sans doute se griller une sèche avant de prendre la route. Il ne lui manque qu’un blouson noir, une paire de Santiags et un couteau à cran d’arrêt pour que sa sordide carcasse nous saisisse d’effroi.

Mais non, la bête est bien morte et quasi sèche. Le crâne n’est plus qu’une relique et finira sans doute accrochée sur le perron d’un cycliste pyrénéen dont la voiturette tout terrain arbore un auto-collant au nom prédestiné. N’en dites pas plus malheureux ! Vous voyez bien où cela pourrait nous mener. Dans ces contrées recluses, les rumeurs sifflent comme le vent mauvais et les accusations de sorcellerie sont encore monnaie courante. Les Corvidés sont bel et bien nécrophages, de là à penser que le cadavre ait été consommé sur place, il n’y a qu’un pas. Cela expliquerait l’étrange amas de poils au sommet du squelette. Comme si la dépouille n’avait pas été entièrement becqueté. Comme si le charognard, dépeçant les chairs, avait, dans une lueur d’animosité, reconnu en cet œil torve le regard d’un vieux compagnon de soirée.

Par JAG