black crows brakko. Une journée avec Bruno Compagnet

blackcrows gosth blackcrows

D’après la taille des bois, il s’agit d’une bête dans la force de l’âge. La ramure est lisse, ses ramifications pointues et acérées telles de multiples poignards prêts à combattre mâles rivaux et prédateurs. Seule la coiffe rappelle la vie que contenait il y a peu ce trophée morbide et primitif. On croirait une chevelure ajustée, comme si le cervidé, ex fan des Stray Cats, avait l’habitude de se gominer la banane avant d’aller taper du sabot pour bramer tout son soûl. Il a encore fière allure le loubard des sous-bois. Son orbite nous toise d’un air mauvais et il va sans doute se griller une sèche avant de prendre la route. Il ne lui manque qu’un blouson noir, une paire de Santiags et un couteau à cran d’arrêt pour que sa sordide carcasse nous saisisse d’effroi.

Mais non, la bête est bien morte et quasi sèche. Le crâne n’est plus qu’une relique et finira sans doute accrochée sur le perron d’un cycliste pyrénéen dont la voiturette tout terrain arbore un auto-collant au nom prédestiné. N’en dites pas plus malheureux ! Vous voyez bien où cela pourrait nous mener. Dans ces contrées recluses, les rumeurs sifflent comme le vent mauvais et les accusations de sorcellerie sont encore monnaie courante. Les Corvidés sont bel et bien nécrophages, de là à penser que le cadavre ait été consommé sur place, il n’y a qu’un pas. Cela expliquerait l’étrange amas de poils au sommet du squelette. Comme si la dépouille n’avait pas été entièrement becqueté. Comme si le charognard, dépeçant les chairs, avait, dans une lueur d’animosité, reconnu en cet œil torve le regard d’un vieux compagnon de soirée.

Par JAG

surf trip. black crows avant l’hiver, Bruno Compagnet

J’ai traversé d’un pas rapide le parking balayé par des rafales de vents venues du désert. Après avoir contourné un petit mur de pierres volcaniques, j’ai regardé à cent cinquante mètres une jolie vague dérouler dans la lumière de l’aube. Une vague qui, comme ses sœurs, dégueule sur le rivage tout ce qui la salit. Folie des Hommes.blackcrows_bruno_surf

J’ai respiré profondément et j’ai regardé, fasciné, la frontière entre la sécheresse minérale et l’apparente douceur aquatique de l’océan plein de vie. Au dessus de ma tête, dans un souffle intermittent, les pales des éoliennes tournaient en produisant un son étrange. Je suis retourné à la voiture et j’ai attrapé ma planche de surf, une bonne vielle 6.8 pleine de pets. Je l’ai waxée en pensant que je serai seul pour un petit moment à glisser sur ces vagues. Dans ma tête, une chanson des Red Hot. Je fredonne quand je me sens seul et heureux de me retrouver, ou quand je dois faire face à une situation qui me demande de me concentrer en milieu naturel.
Je descends doucement le talus de galets noirs pour m’aventurer sur une dalle glissante et fourbe, criblée de trous et de coquillage pointus. Il y a quelques années, j’ai commencé à marcher pieds nus et il m’arrive d’en tirer une certaine satisfaction. Une fois que le fond est suffisant, je pose ma planche dérive en l’air pour ne pas risquer de l’abîmer, puis je gagne le large le plus rapidement possible . Je rame vers le line-up. Je dois être plus tendu que je ne le pensais car, à plusieurs reprises, je refuse une vague. Trop à l’intérieur, trop rapide… je me chie dessus.S0825848 blackcrows_bruno_compagnet

Je me concentre, je me parle. Puis ça y est, je prends ma première vague. Plus à l’aise que je ne l’aurais imaginé, je glisse, monte, descends, en regardant les rochers défiler à quelques centimètres de la surface. Chaque cellule de mon corps est à ce que je fais. Il n’y a plus aucune pensée merdique pour m’encombrer l’esprit. Le bavardage intérieur s’est enfin arrêté. À la fin, quand je sors, je suis heureux. C’est aussi simple que ça. Le vent a forci, m’apportant des odeurs de ville et de chaleur.
Sur terre, je suis quelqu’un d’énervé et de terriblement impatient. Mais quand je skie ou surfe, je peux m’abandonner longtemps à attendre le bon moment. Je pense que c’est une sorte d’atavisme, un instinct qui nous vient de la nuit des temps quand on pratiquait l’art de la chasse. À l’eau, je peux rester des heures dans la fascinante contemplation des reflets sur la houle et des jeux de lumières. J’étudie chaque détail avec plus d’intérêt qu’un texte philosophique ou religieux et j’en tire plus de bénéfice. Parfois, à la suite d’une longue session, il m’arrive de continuer à voir les choses bouger et onduler. Une rue pavée, un mur, ça dépend de mon degré de fatigue. À la manière de ces retours à terre après des jours de navigation, quand le quai semble bouger sous nos pieds. Comme si la vision avait imprégné l’esprit,  se prolongeant bien au-delà de l’expérience.bruno_surf_blackcrows_ski

Je suis né en montagne, dans un environnement où l’horizon est relativement proche. Cela explique sans doute mon goût pour les grands espaces et les déserts. Si, comme moi, vous avez fait la fête en parcourant tous les sentiers de la nuit, cela vous rappelle probablement des choses. À la différence que, dans ce cas là, la descente est agréable et douce. Je ne suis pas un surfeur. Je prends des vagues, parfois des risques, pour le simple plaisir de glisser. C’est une des choses que je préfère au monde.

Merci de ne pas surfer

 

des black crows et des potes, le Frendo, Chamonix.

Ouvert le 11 juillet 1941 par Edouard Frendo et René Rionda, l’éperon Frendo est la voie la plus esthétique de face nord de l’aiguille du Midi. Son ascension parcours un grand éperon rocheux qui débouche sur une magnifique arête de neige, puis, par une section en neige ou glace, rejoint l’aiguille du Midi, à plus de 3800 mètres.

C’est cette arête effilée que Jean-Marc Boivin et Laurent Giacomini décideront de skier le 2 juillet 1977 avant de plonger, par une série de rappels, à l’aplomb de l’éperon pour rejoindre une nouvelle pente qui les mènera au pied de la voie. Ce jour-là, Giacomini, porté par l’enthousiasme, et avec des skis de 2m10 et 60mm de patin, se mit à réaliser de grandes courbes sur le haut de la pente. Cette performance très avant-gardiste à une époque où on réalisait des virages sautés, a marqué les esprit comme l’annonce d’une nouvelle ère de la glisse, celle du freeride.

Le 12 mai 2012, deux skieurs Black Crows, François-Régis Thévenet et Alexandre Pittin, effectuaient une répétition du Frendo en ouvrant en partie une variante très esthétique, ‘La Val’, moins exposée aux chutes de séracs et nécessitant un minimum de rappels pour rejoindre la pente de sortie. Ce haut fait allait attiser l’appétit de nombreux amateurs de pente raide et encourager de multiples répétitions de ce superbe itinéraire.

Ce fut notamment le cas le 27 mai dernier, quand deux autres skieurs Black Crows, Minna Riihimaki et Michael ‘Bird’ Shaffer, accompagnés de Ben Briggs, Ross Hewitt et Luca Pandolfi, profitèrent des très bonnes conditions du printemps pour lancer respectivement leurs Corvus 175 et Navis 175 à l’assaut de cette ligne mythique. Et tandis que Minna réalisait la première féminine avec décontraction, l’animal Bird, après avoir patienté en haut de l’épaule jusqu’a que chacun soit passé, se lança - avec ses Navis 175 et 105mm de patin - dans une série de grandes courbes à pleine vitesse sur l’arête. Tous les témoins de cette scène s’accordent à dire que ce fut un moment magnifique, comme si Bird volait littéralement sur ses skis au dessus du vide. Ainsi, 36 ans après Giacomini, notre ami américain exécutait à son tour un instant de grâce sur le Frendo.

“Je suis encore une fois très reconnaissant à mes amis qui ont eu la vision et sont venus quand le jour s’est présenté. Tout s’est mis en place harmonieusement : le ciel bleu, un manteau de poudreuse bien stable et des amis qui étaient prêts à se lancer dans l’un des plus beau run de notre vie. Ce fût l’un de ces moments rares entièrement dédié au ski. Un instant de grâce où j’ai pu m’abandonner et, totalement connecté et libre, voler le long de cette face majestueuse.”

Michael ‘Bird’ Shaffer.

Merci à Ross Hewitt  pour les photos !
Chamonix collective:
Finish mind: Minna Riihimaki
Englishman: Ben Briggs
Italian job: Luca Pondolfi
Scottish highlander: Ross Hewitt new crow!
USA freak: Michael “Bird” Shaff

credits to Ross Hewitt http://rosshewittblog.wordpress.com/

Campagne papier black crows 2013-2014 : le off

albinos blackcrows chamonix corvus skiblackcrows skis julien regnier shooting

Revenant à ses premiers amours, black crows s’est enfermée en studio pour sa nouvelle campagne publicitaire. Cette année, c’est au photographe David Ledoux que revenait la délicate tâche de saisir les gesticulations d’un albinos, de deux skieurs et d’une skieuse dans un studio du XIXème arrondissement. Le concept de ces nouvelles prises de vue étant de reproduire entre quatre murs et à l’aide de cordages stabilisateurs différents champs de visions d’un skieur en caméra embarquée.
blackcrows shoot paris camox skiblackcrows albinos crow ski freeride

Sur le papier, ça paraît jouable. C’est une tout autre paire de manche quand ladite opération consiste à suspendre un skieur aux cuisses gonflées par des années de tressautement et d’ingestion de viande hormonale nord-américaine. Surtout quand votre assistance se compose de deux jeunes filles pleines de bonne volonté, mais un tantinet fluettes et davantage habituées à concevoir des lignes graphiques plutôt que de manipuler des masses suspendues par effet de traction.
blackcrows david ledoux ski studio camox venorblackcrows david ledoux ski studio camox

Une journée de shooting, des effets spéciaux, des ombres indisciplinées, de la concentration, des gouttes de sueurs, une roue de voiture qui se fait la malle sur l’autoroute, une barre de téléski généreusement prêté par la Société d’Aménagement de la Plagne (SAP), des paires de camox freebird, venor, ova, corvus et des bâtons furtis sous le feu des projecteurs. Soient cinq prises de vue et cinq thématiques à découvrir dans la presse hexagonale et de Navare.blackcrows skis camille jaccouxjulien regnier blackcrows

Crow’s eye view, campagne photographique 2013/2014.

Merci à David Ledoux, Anne-Sophie Ferrari et Constance Proust.

Photos : Anne-Sophie Ferrari

Par JAG