un autre monde

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et juste là.

11.06.2011

L’article qui va suivre parle de ski, mais la déontologie m’oblige à avertir les lecteurs familiers de cette pratique hivernale, que vous n’y trouverez aucun front flip sur une  barre de 40 mètres, aucun rodéo 5.4, cort 7.2 pas le moindre jib et ceci malgré la présence ce jour-là de skieurs comme Seth Morisson , JP Auclair , Julien Régnier … Les seuls hélicos qui tournaient dans le ciel loin en dessous de nous  n’étaient pas à l’effigie d’une super production Américaine, mais ceux moins glamours du secours Alpin . Nous sommes à Chamonix, un lundi matin en mai , il fait beau et frais après trois jours de pluie qui ne changeront rien au niveau des nappes phréatiques dans les campagnes mais qui ont blanchi la face nord de l’aiguille du midi …

Les portes de la cabine viennent de se refermer sur Élina et Julien qui réussissent à se faire une place parmi la quinzaine de skieurs et snowboardeurs hard-core qui partagent cet espace exigu avec un bus de Japonais . Quelques membres du team Blackcrows partent skier le Mallory, comme tous les riders présents dans la benne finalement. C’est raide et tendu comme descente mais très facile d’accès, tu chausses juste à la sortie de la galerie de glace, ensuite tu te laisses glisser dans l’axe des câbles , un jeu d’enfant. Notre motivation n’est absolument pas de faire de beaux virages en pente dans la neige fraiche tombée ces derniers jours, histoire de finir l’hiver en beauté , mais plutôt de faire d’une petite marque de ski indépendante une multinationale qui génère un  énorme paquet de pognon que l’on pourra se partager entre actionnaires aux Iles Canaries , je devrais dire plutôt mes business partners, à la fin de chaque hiver . Rien de plus facile  en ces temps de crise et de réchauffement climatique , n’importe qui te le dira, c’est tout simplement l’investissement le plus judicieux que l’on pouvait faire : lancer une marque de skis.

- » Bon, on fait quoi ?   »

- » Ca a l’air pas mal  »

Avec François on regarde Alex Pittin couper la première pente en se demandant si tout ne va pas lui partir sous les skis . François c’est notre guide un mec sûr et sérieux, le même qui la veille m’a réveillé à cinq heures du matin en sautant à pieds joints sur mon lit et en hurlant comme un damné . Je ne peux pas lui en vouloir parce qu’il était ivre mort et avait fait la fermeture d’un obscur établissement de nuit Chamoniard en compagnie d’autres membres de Blackcrows dont je tairai les noms par décence, On est pas les seuls à regarder, le petit groupe d’Asiatiques observe abasourdi ces étranges créatures aux  intentions mal définies et au comportement complètement délirant qui prétendent glisser en ce lieu qu’ils ne jugent pas vraiment adapté à la pratique des sports d’hiver. Élina cherche le bon angle, le bon cadrage pour immortaliser cet instant où l’on s’élance dans la pente avec l’espoir de faire quelques belles photos qui nous assureront gloire et richesse , ainsi qu’une reconnaissance mondiale et le regard alangui de jeunes skieuses dans les files d’attente de téléphériques.

Et nous voilà partis pour un long et beau voyage vertical avec en toile de fond la vallée et les verdoyantes prairies des Houches et de Vaudagne . On traverse un par un sous la barre de séracs sommitals , c’est doux et facile enfin pas trop raide, au bout de la traversée les choses sérieuses commencent , avec grâce et style , enfin chacun le sien , on commence à envoyer du virage sauté entre les cailloux et parfois même dessus ce qui est beaucoup plus troublant, voire déstabilisant quand en fin de courbe tu peux entendre le bruit désagréable de tes carres que tu passes à la pierre au mauvais endroit et au mauvais moment . Je suis avec un interêt mitigé les évolutions de Julien qui m’envoie à chaque virage des mètres cubes de neige fraiche avec ses  gros Nocta en 188 qu’il aurait pu laisser à la Plagne si c’était quelqu’un de prévoyant et troquer avantageusement contre une paire de skis plus adaptés …Mais comme il me l’a expliqué lui-même après coup il préfére avoir des skis sur lesquels il se sent bien, pour son second run à l’Aiguille et son initiation à la pente raide, ça peut se comprendre . Les choses avaient pourtant bien commencé, la pente et la neige nous avaient mis en confiance jusqu’au premier passage sketch ( pour tous ceux et celles qui ne sont pas familiarisés avec le vocabulaire de pente, sketch ça veut dire très raide, neige dure et cailloux, et si tu tombes t’es mort …). Là je décide de biaiser sur la gauche et chope un passage qui me fait éviter celui où tous les mecs qui sont passés devant nous, peut-être sept , tout de  même ont bien dérapé en se tenant à leurs piolets et aux rochers, que j’avais passablement appréciés la semaine précédente . Bingo ! c’est mieux et Julien qui m’a suivi semble apprécier aussi le confort de la neige fraiche , François contre assure Camille qui s’amuse avec sa pioche, entre une saison pauvre en dénivelés et la venue d’un nouvel habitant dans la vallée, sa pratique montagne s’est trouvé relativement ralentie cette année , remarquez que je ne parle pas d’hiver . Bref, c’est génial comme reprise, surtout que je lui avais assuré une descente cool en neige douce , en omettant de tenir compte de la couche de regel dûe à la pluie en altitude, qui a formé une saloperie de croûte de glace sous la poudre qui dans ces pentes dégringole après le premier passage . Au niveau de l’embranchement pour partir sur le couloir Eugster on sort les piolets et c’est vraiment sympa cette nouvelle pratique de descendre en escalier des pentes raides en neige béton sur une longue distance, au bout d’un moment tu finis par tétaniser sur une jambe et l’autre tremble , tu lèves le nez en priant pour que ton pote dont tu peux apprécier dans sa globalité l’esthétisme des diecut de ses semelles ne se pète pas la Gueule et en râlant contre les enculés qui t’envoient des ruisseaux de neige , un pur moment de bonheur . Ah la joie du premier rappel ! surtout quand tu dois partir en swicht pour passer les cailloux . Ces instants inoubliables pendus à quatre sur un bout de vieille cordelette, ces traversées merdiques au-dessus de l’abime . Là on peut commencer à parler d’exposition . Heureusement après les deux premiers rappels on se retrouve au sommet de l’écharpe où l’on va pouvoir recommencer à faire des virages et à glisser en oubliant pour un temps l’alpinisme et les manœuvres de cordes . Camille qui m’a rejoint tempère mon enthousiasme en m’informant que Tristan, qui était dans la  dernière benne à nous survoler, a vu partir Lucas le snowboardeur pieds en tête avec une plaque dans le groupe qui nous précédait. Il a appelé François directement … L’un des touristes qui se trouvait avec lui dans la cabine lui avait demandé sérieusement s’ il y avait une compétition de ski extrême ce jour-là .  On a vraiment profité de ces quelques virages dans l’écharpe, la neige était incroyable le cadre et l’ambiance épiques et puis après tout d’une relative facilité contrairement à ce qui allait suivre . Alors pour faire simple parce que vous devez commencer à en avoir marre de mes histoires c’est devenu vraiment raide et surtout très glacé et même avec un piolet en main c’était plus que limite . Ce genre de moment où tu voudrais être ailleurs et faire autre chose de ta vie , même si on est des pros et qu’il faut bien  la gagner justement sa vie . C’est ça aussi les joies du ski de pente si ton pote se retrouve mal à dix mètres de toi et que tu ne peux rien faire d’autre que de lui mentir en lui racontant que c’est cool que la neige est bonne et que tout va bien , parce que même si on part à plusieurs tu es tout seul quand tu skies . En attendant ça envoie de la grosse courbe au-dessus, et ça skie vite et bien, ce qui est plutôt normal parce que c’est  Nathan Wallace, Seth Morisson, JP Auclair … qui arrivent . Et là je réalise en voyant leurs skis qu’ ils exagèrent, franchement manquer de professionnalisme à ce point , à croire qu’ils n’ont même pas lu les tests des magasins de la presse spécialisée qui classe et explique très bien ce que tu dois skier et sur quelle neige et fonction de ta pratique, là vraiment c’est se foutre de la gueule du monde parce que sinon Séth il n’aurait pas pris ses pro model full Rocker . Et JP il aurait du s’informer aussi , je dis rien mais quand même . Bon Julien il m’a expliqué ses raisons et puis Julien c’est un cas … Bon maintenant que je me suis mis à dos 90 % des rédactions des mags de ski je vais pouvoir me le coller où je pense mon article, à moins que Camille veuille bien le mettre sur notre blog . Pour l’instant j’ai rejoint les autres et propose à François mon aide, qu’il décline, pour ravaler les cordes et se barre en traversée à la recherche d’un mauvais béquet pour aller chercher le dernier rappel solide celui-là . En attendant je me retourne et regarde incrédule les deux brins de corde de Nat qui pendouillent au milieu d’un passage « gore tex » ( voir l’explication pour sketch ) dix mètres bien au-dessus d’une zone plus clémente .

- » OKEY buddys take off your skis and put your’s crampons !  »

On a du mal à y croire, parce qu’on n’est pas toujours des mickeys chez Blackcrows, mais parfois je remercie secrètement François de m’avoir conseillé une corde de soixante plus qu’une quarante  … Mais bon , si tu «  pas tombe ! »  c’est cool .

Une foie le dernier rappel passé et la tension retombée on recommence à se marrer et déconner, parce que entre une chose et l’autre on y a passé du temps dans la face . Camille dégaine son BlackBerry , Julien et François nous sortent la photo de la descente , et Ju de me demander après cette belle action  s’il peut dire qu’il est un skieur extrême maintenant ?

Texte :Bruno

Photos : Elina Sirparanta ( elinaphoto.com ) ; François Régis-Thevenet et Camille Jaccoux

 

Vidéo : The Scroll
Note sur la vidéo par Julien Regnier

Cette Vidéo n’est pas faite pour être regardée en entier, libre à vous de le faire mais n’ayez pas peur de prendre le curseur et de vous arrêter où bon vous semble. Skier le Mallory n’était même pas une option l’année dernière quand je suis monté pour la première fois en haut de l’Aiguille, mais l’été dernier je me suis mis à l’escalade et cet hiver de plus en plus au ski de pente raide, alors pour ma 2ème montée à l’Aiguille j’ai pensé que c’était une bonne idée de partir « à gauche » dans le Mallory, un des itinéraires classiques du ski de pente raide à Chamonix.

Bruno Compagnet est une légende du ski freeride en France, Camille Jaccoux est un ami d’enfance et je n’avais pas skié avec lui depuis longtemps. Et avec Fanfan, un jeune guide de la vallée, c’était vraiment un team parfait. C’est une aventure, un voyage, tu vas voir, c’est incroyable, m’a dit Bruno. En effet, c’est une longue descente et il faut rester bien concentré car une petite erreur et les conséquences peuvent être intéressantes. Je me suis toujours demandé comment partager ce genre d’expérience, ce n’est pas une tache facile c’est pour ça que j’ai voulu tout vous donner ou presque, et à vous de choisir, mais la longueur reflète bien l’état d’esprit d’une telle aventure.

Je suis vraiment content de pouvoir finalement utiliser du Sonic Youth pour un montage de ski : part 1 of Sonic Youth SYR 6 : Koncertas Stan Brakhage Prisiminimui (with Tim Barnes).

 


 

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Publié dans ski

COLOSSEO

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si je vous dis Italie, vous pensez à quoi ?

01.06.2011

La Torre di Pisa , Venezia , et Firenze …
Roma et l’Empire (Astérix …)
Ferrari, La Fiat 500, La Vespa …
La Pizza, Les Lasagnes, le vin de Toscane
Fellini et le cinéma des années 60 …
Léonardo Da Vinci & Michelangelo
Verdi
L’Opéra di Milano, la mode, et les belles femmes …
Des godasses super classe et des lunettes de soleil …
Sofia Loren
Sergio Leone, Hugo Pratt, Milo Manara
La Mafia, la Camorra, il padrino
Les scandales politiques et Silvio Berlusconi, la Cicciolina et Rocco Sifredi

Enfin vous pensez à tout sauf au ski et aux montagnes présentes sur toute la botte, de l’Arc Alpin à l’Etna en passant par les Appennini … Ce pays qui a vu naître et grandir des skieurs de la trempe de Gustavo Teonig, Stefano de Benedetti , Alberto Tomba . Pour moi l’Italie c’est un lieu saint pour le ski de montagne, un havre de paix que m’a fait découvrir un jour Marco Sifredi en m’embarquant en pleine nuit pour la face Sud du Mont Blanc et un petit Téléphérique magique où en une matinée j’ai fait plus de dénivelé qu’en trois voyages en Alaska …Et puis il y a eu les Dolomites et là aussi cela a été une énorme baffe, un ski différent, un ski qui sent les Cannellonis. Ces montagnes presque oubliées du monde du freeride, des acharnés de la première trace, et qui offrent encore la possibilité de jolies premières comme on les aime . Merci à Giuliano qui nous aura guidé sur ce couloir qu’il couvait en pensée depuis trois ans, et avec qui nous eûmes le bonheur de vivre des moments forts, intenses, entre ciel et terre , neige et roche, rire et larmes, entre amis …

Par Bruno Compagnet.

 

Colosseo:
Dénivelé 400 mètres . 55 50 soutenu, se termine par un rappelle de 60 metres .

Skieurs :
Guliano Bordoni (Italie)
Minna Rihimaki ( Finlande )
Olivier Heren ( Canada )
Bruno Compagnet ( France )

 


 

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