Salut tu fais quoi ce matin?

Ben je sais pas trop. Par Bruno Compagnet.

08.05.2009

Ce jour-là, je ne savais pas vraiment où aller, ni ce qu’allait être ma journée, j’étais revenu tard la veille dans la vallée et je n’avaisréussi à joindre personne pour savoir quoi faire… En fin de compte j’avais jeté mon sac de montagne, mes Navis 175 pour la pente et unepaire de Corvus dans le coffre de ma Volvo, me laissant ainsi deux options pour cette journée.

La silhouette qui se dressait soudain comme un présage sur le bord de la route leva le bras et le pouce au moment où je l’aperçus. En me rapprochant je vis pendre un beaudrier au bout de son autre bras, mais il n’avait pas de skis, je ralentis puis m’arrêtais finalement complètement ( même si ce n’était pas une auto-stoppeuse ). C’était Marc, qui avait oublié son baudrier et qui se retrouvait du coup à taper le stop . J’avais rencontré ce mec huit ans plus tôt àl’Aiguille d’Argentière, on avait skié ensemble le couloir en Y et il m’avait impressionné en télémark. A l’époque je vivais avec une bande de Californiens complètement allumés et c’est eux qui me l’avaient présenté. Donc tout allait bien. Marc me dit qu’il partait à la Nord- Nord Est et me demanda si je voulais venir…

C’est comme cela que je me retrouvai dans la première benne des Grands en compagnie d’une bande d’Américains venus profiter de la fin de saison. Eh oui.

C’est parti : Nous prenons la traversée haute en accélérant sous le Cordier, jonglant entre les débris de glace, ce lieu pue la mort et personne n’a envie de traîner sous ces séracs. Nous skions maintenant dans une belle poudreuse scintillante, attentifs au mouvement de terrain, les crevasses sont nombreuses dans cette zone et l’on ne s’arrête que sur le glacier d’Argentière. Les conditions sont excellentes mais le soleil brille et va taper fort dans la journée, alors l’expression course -en-montagne prend là tout son sens. Déchausser, coller les peaux, passer les fixs en position montée , enlever le Gore-Tex, desserrer les crochets des chaussures et passer en position marche, boire un coup et c’est parti je prends la troisième place, Marc me suit, Tim me double à une vitesseimpressionnante, je regarde le Mont Dolent et me concentre sur mon souffle.

La trace se sépare maintenant, les autres ont continué tout droit en direction du Col des Cristaux, je me retourne et interroge Marc du regard, il hausse les sourcils et les épaules… Bien. Je suis parti pour la Nord-Nord Est aux Courtes, et c’est ce que j’ai envie de skier maintenant . Je lève les yeux, trois petits points se déplacent dans le dernier tiers. Nate, Jim et Dave ont dormi la veille au sommet des Grands et leur timing est parfait . Peu avant d’arriver à la rimaye une bonne grosse coulée vient finir de ravager le cône de déjection avec un bruit de frottement marqué je dirais, l’idéal serait pour nous de rester sur la gauche dans l’axe du couloir moins exposé que les pentes de droite au soleil.

Mais cette option n’est pas la bonne parce que nos amis viennent d’attaquer leur descente et nous envoient des quantités impressionnantes de neige sur la gueule.

Heureusement ça ne dure pas, je vois déjà Nate exploiter en grandes courbes toute la partie droite de la pente, la vitesse et les rayons de courbes sont incroyables et si je ne le voyais pas là en action devant mes yeux, je n’y croirais pas ! C’est tout simplement beau, j’en suis presque ému. Bordel. Le rythme reste le même à notre niveau, je crie pour qu’il s’arrête, puis je me tais, Jim et Dave suivent. Les trois ont l’air en transe et je ne suis pas sûr que Nate nous ait vus. Ces Sevun ont laissé de jolies virgules dans le mur de spins sur la droite et je me demande quelle putain d’animal enragé vit au fond de son âme pour qu’il se déchaîne avec autant d’énergie. Nate est un skieur engagé capable de faire la trace sur Sept cents mètres de dénivelé dans une pente à quarante cinq / cinquante degrés, en neige fraîche avec une paire de super fat sur le dos et de la skier mieux et plus vite que la plupart des mecs qui se font déposer en hélico. Parce qu’il est remonté dedans. Parce que c’est Nate.

Bruno Compagnet

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